ACTE II, SCENE VlII
MONSIEUR GRIFFARD.
De peur d'accident, voilà ma bourse que je te prie de garder pour l'amour de moi.
LISETTE
11 n'y a rien de plus clair que ce que vous me dites. Un commissaire qui donne sa bourse est terriblement amoureux !
Me promets-tu de parler en ma faveur ?
LISETTE
Je comprends votre affaire à merveille, vous dis-je, vous n'aimez point votre femme ?
MONSIEUR GRIFFARD.
C'est une folle qui me fait enrager.
LISETTE
Celle de votre voisin vous plaît davantage ?
MONSIEUR GRIFFARD.
N'est-elle pas la plus charmante personne du monde ?
LISETTE
Assurément. C'est grand dommage qu'on ne puisse troquer de femme ! Qu'il y aurait de troqueurs au monde ! Mais, comme cela n'est pas tout à fait permis, prenez garde à vous, Monsieur le commissaire.
MONSIEUR GRIFFARD.
Ah ! pour moi, je ne demande que l'estime de ta maltresse.
LISETTE
Il n'y a rien de plus honnête.
MONSIEUR GRIFFARD.
Qu'elle me regarde comme le meilleur ami qu'elle puisse avoir.
LISETTE
(1 n'y a que de la délicatesse dans cette passion.
Qu'elle dispose absolument de mon bien, de ma vie.
LISETTE
Vous m'attendrissez trop, Monsieur.
MONSIEUR GRIFFARD.
Je sacrifierai toujours tout pour lui plaire.
LISETTF.
Je vais pleurer.
MONSIEUR GRIFFARD.
Qu'elle sache tout cela, Lisette.
LISETTE
Elle le saura, je vous en réponds. J'entends son mari. Remettez-vous un peu, vous voilà tout hors de vous-même.
MONSIEUR GRIFFARD.
Je suis trop ému, je ne veux point qu'il me voie ; cache-moi dans le cabinet de ta maîtresse.
LISETTE
Dans son cabinet? Vous y étoufferiez d'amour !
MONSIEUR GRIFFARD.
Mais
Mais, descendez par ce petit escalier, et allez prendre l'air : vous en avez besoin, sur ma parole ! Ma foi, laventure est trop drôle, et voilà de quoi bien divertir nos faiseuses d'emplettes.