‹ Théatre choisiChapitre 3 sur 496 · VIII DANCOURT · texte numérisé non relu

VIII DANCOURT

Ces Florent Carton étaient d'origine anglaise. Le père de notre comédien avait le titre d'écuyer, et sa mère, Louise de Londy, ou, si vous prononcez à l'anglaise, Louise deLoundé, comptait parmi ses ascendants un chevalier de Londy qui avait été, en son temps, honoré de Tordre royal de la Jarretière.

Dancourt na^quit à Fontainebleau , le 1®' novembre 1661 , juste le même jour que le Dauphia, ainsi qu'il le dit dans Fépitre dédicatoire de sa comédie des Fées à ce prince :

Pour m^attacher à toi le ciel m*a destiné,

Dès le moment qa'au joar il ouvrit ma paupière !

Quel présage heureux d*étre né

Ce même jour si fortuné

Où tu vis aussi la lumière !

J'emprunte les détails qui suivent à une excellente étude que M. Charles Barthélémy a publiée l'an dernier sur Dancourt : Etude historique et anecdotique, comme il l'appelle lui-même, et qui est la plus complète que nous possédions sur ce sujet.

Le père et la mère de Dancourt étaient calvinistes , mais ils embrassèrent le catholicisme, et leur fils fit ses classes à Paris, au collège des Jésuites. Le goût de ces religieux pour le théâtre passait en général à leurs élèves. Ce fut de leurs collèges que sortirent successivement la plupart des hommes qui ont porté au plus haut degré la gloire de notre scène : Corneille et Molière, d'abord ; plus tard, Dancourt, Voltaire et Gresset.

DANCOURT. IX

Le célèbre Père de la Rue, charmé des heureuses dispositions qu'il reconnut bientôt chez le jeune Dancourt, n'épargna rien pour gagner la confiance et Tamitié de son élève. Il conçut le projet de l'attacher à son ordre. Dancourt profita d'un maître si habile et se distingua dans ses études ; mais des passions très ardentes , qui se développèrent d'une manière prématurée, l'avertirent qu'il n'était pas né pour la vie religieuse. Il avait d'ailleurs trop de probité et de franchise pour embrasser un état auquel il ne se croyait pas appelé. Il quit^ donc les Jésuites qui le regrettèrent , s'ap|>liqua à l'étude du droit et se fit recevoir avocat.

Il avait, dès lors, une facilité remarquable d'élociJlÎpn, qui lui présageait dans la carrière du barreau un brillant avenir. Mais la passion qu'il conçut pour Thérèse Lenoir de La Thorillière, fille du célèbre comédien de la troupe royale, lui fît abandonner tous les projets que sa famille avait formés à son égard ; Jj^mant enleva sa maîtresse, et par ce coup d'éclat contraignit ses parents et ceux de M"® de La Thorillière à consentir à son mariage. Dancourt avait alors dix-huit ans et demi et sa jeune femme dix-sept ans et trois mois.

Je ferai remarquer, comme une curiosité de l'histoire dramatique, que M. de La Thorillière n'était pas moins noble que Dancourt. Le père de cet acteur n'était rien moins qu'un gentilhomme écuyer, capitaine d'infanterie et maré-

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chai de camp. Ses armes étaient d'azur à une hure de sanglier de sable (noire) , accompagnée de trois glands de sinople (verts). 11 eut trois enfants, un fils et une fille, qui tous les trois suivirent la carrière théâtrale.

Le fils, c'était le La Thorillière dont la fille avait inspiré une si vive passion à Dancourt. Le mariage se fit à l'église de Saint-Merri, à Paris, en l'an 1680. Ce fut lui qui décida de la vocation du jeune Dancourt.

« Dégoûté de toute profession sérieuse, dit M. Barthélémy, doué d'une physionomie mobile et d'une grande vivacité de débit , il prit le parti d'entrer au théâtre. Il débuta à la Comédie-Française , lors de la rentrée de Pâques (en 1685) , dans les rôles de haut comique , avec un succès qui lui valut une réception presque immédiate. Son succès fut partagé par sa femme qui débuta la même année que lui. Elle possédait d'ailleurs toutes les qualités nécessaires pour briller dans l'état qu'elle embrassait. Sa taille était avantageuse, sa figure ravissante i sa voix sonore et suaveen même temps. Elle avait l'intuition de toutes les finesses et des nuances les plus délicates des rôles qu'elle inte^rétait. »

A partir du jour où Dancourt fut engagé à la Comédie-Française, nous n'avons plus sur sa vie particulière qu'un petit nombre de documents précis. Il n'y avait pas en ce temps là, comme de nos jours, des reporters pour s'abattre sur le théâtre, cueillir les moindres

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faits et gestes du plus humble cabotin et les transmettre à la postérité la plus reculée.

La biographie de Dancourt se confond avec rhistoire du théâtre même.

Nous savons qu*il eut beaucoup de succès dans les rôles comiques et notamment dans le Misanthrope qu'il joua avec beaucoup de feu : qu'il composa un très grand nombre de pièces dont plusieurs obtinrent un immense succès. Nous savons de plus qu'il possédait une singulière facilité de parole, et que l'éloquence naturelle qui animait ses discours lui avait fait déférer par ses camarades l'honneur de porter la parole dans toutes les occasions , où la troupe avait à s'entretenir avec le public. Et le public , dit un biographe du temps , l'écoutait toujours avec une grande satisfaction.

Dancourt était donc tout à la fois auteur, \ acteur et orateur de la troupe, comme on ap- ^ pelait alors le régisseur parlant à la chambrée y soit pour faire les annonces ou pour implorer l'indulgence, ou enfin, ce qui arrivait souvent, pour calmer les susceptibilités d'un parterre d'autant plus impatient, qu'à cette époque il était debout pendant tout le cours de la soirée, et qu'il devait ainsi supporter difficilement la longueur des entr'actes.

Le Père Niceron, dans son livre qui a pour titre : Mémoires pour servir à V histoire des hommes illustres dans la république des lettres^ avec le catalogue r&isonné de leurs ouvrages,

XII DANCOURT

nous donne sur Dancourt, au temps où il fut comédien, les détails qui suivent :

Son mérite lui avait procuré à la cour un accès favorable. Le roi Louis XIY Thonorait d'une bienveillance particulière. Dancourt avait coutume, lorsque ce prince assistait à la comédie, de lui aller lire ses ouvrages dans son cabinet , où n'entrait que M"^« de Montespan ; et Ton rapporte qu'un jour s'y étant trouvé mal, à cause du grand feu qu'il y avait, le roi prit lui même la peine d'aller ouvrir une fenêtre pour lui faire prendre l'air.

Une autre fois, Dancourt, ayant l'honneur de lui parler, comme il sortait de la messe, pour quelques affaires qui regardaient la troupe des comédiens français, et marchant toujours à reculons jusqu'au bord d'un escalier qu'il ne voyait pas, le roi le retint par le bras, en lui disant :

~ Prenez garde, Dancourt, vous allez tomber.

Et se retournant ensuite vers les seigneurs qui l'entouraient, il leur dit :

— Il faut convenir que cet homme parle bien.

Et il lui accorda ce qu'il lui demandait. Les agréments de sa conversation et sa politesse le faisaient aussi rechercher par tout ce qu'il y avait de plus grand à la cour et à la ville, et les personnes les plus considérables se faisaient un plaisir de l'avoir chez elles et de le voir chez lui.

J'ai tenu à donner ce passage tout entier. S'il ne nous apprend pas grand'chose sur le comédien dont nous nous occupons, il nous est un assez curieux spécimen des senti» ments d'adoration que l'on professait alors pour le grand roi. Un homme marche à reculons, devant lui, comme c'était l'étiquette ; il arrive au bord d'un escSier ; un pas de plus

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