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et il va tomber sur la tête en arrière ; il se brisera infailliblement la colonne vertébrale. Le roi daigne le retenir de sa propre main : quel grand monarque ! et il condescend à lui dire : prenez garde! vous allez tomber! C'est un trait de bonté inouï qu'il faut recueillir soigneusement pour en orner les Morales en action de l'avenir. Ce fétichisme nous fait sourire aujourd'hui. Nous n'avons plus la foi !
Ce ne fut pas le seul Louis XIY qui voulut bien combler Dancourtde ses faveurs. Niceron conte encore qu'ayant fait un voyage à Dunkerque pour y voir sa fille aînée, M™° Fontaine, qui y demeurait alors, il en prit occasion pour aller faire sa cour à l'Électeur de Bavière, qui se trouvait alors à Bruxelles ; que ce prince le reçut fort bien ; et qu'après l'avoir retenu au delà même de son temps de congé, il lui fit présent d'un diamant de mille pistoles. La pistole valait, en ce temps là douze livres, le louis étant de vingt-quatre francs.
Dancourt fut aussi un des protégés du Dauphin. C'est le Dauphin qui fit recevoir dans la troupe des comédiens du roi les deux filles de l'acteur-auteur, en 1699 ; la première de ces jeunes actrices avait quatorze ans et demi, et la seconde treize. Il faisait bon être jeune à cetfe époque. L'heureux père en dédiant sa comédie des Fées au Dauphin, disait à €6 sujet à ce prince en la même année :
Tes faveurs ne me sont pas nouvelles, Et ma jeune famille en ressent les effets.
XIV DANCOURT
A ce doux souvenir leurs mémoires fidèles
Le conserveront à jamais.
Tu les favorisas dès l'âge le plus tendre ; Permets- moi de le publier.
Etc.
M. Barthélémy nous apprend, sans nous dire où il a puisé ce détail, que Dancourt, à rimitation de Molière qui consultait sa servante Laforêt, demandait quelquefois sur ses pièces le sentiment de sa fille cadette, Marie, célèbre par sa beauté^ ses grâces et son esprit. Elle avait du goût et de Tacqui». Un jour..., mais pour saisir le sel de cette répartie, il faut savoir que Dancourt , lorsqu'une de ses pièces ne réussissait pas, s'en allait avec ses amis chez un fameux marchand de vin, Chéret, à l'enseigne de la Cornemuse, noyer son chagrin dans les pots. Un jour donc que l'on répétait une de ses pièces dont il espérait beaucoup :
— Eh bien ! Marie , dit-il à sa fille , que penses-tu de ceci ?
— Ah 1 mon papa, répondit-elle, vous irez ce soir souper à la Cornemuse,
A l'âge de cinquante-sept ans , après une brillante carrière au Théâtre , qu'il avait alimenté de ses œuvres durant trente-trois ans consécutifs, Dancourt quitta la scène et tourna vers les idées religieuses. En 1718; il se retira avec sa femme dans sa terre de Courcelles-le- Roi, en Berri, où il ne s'occupa plus que du soin de son salut. C'est là qu'il écrivit une traduction en vers des psaumes de David, et
DANCOURT. XV
une tragédie sacrée : deux œuvres heureusement restées inédites et que vous ne trouverez pas naturellement en ce recueil.
Lorsqu'il se sentit malade et proche do sa fin, dit Niceron, il fit construire son tombeau dans la chapelle de son château et Talla voir lui-même avec toute la tranquillité et toute la fermeté d'une âme absolument détachée des choses d'ici-bas, et qui n'aspire plus qu'aux biens célestes et éternels.
Il mourut le 7 décembre 1725, quelques mois après le trépas de sa femme , à l'âge de soixante-cinq ans, laissant deux filles ; Taînée qui ne fît que passer au théâtre, et la cadette qui brilla longtemps sur la scène, sous le nom de Marie Dancourt, et qui épousa M. Deshayes, gentilhomme, fils d'un lieutenant général d'artillerie.
Le Mercure de France en annonçant la mort de Dancourt s'exprimait en ces termes :
« Le sieur Florent Carton Dancourt qui avait quitté le théâtre depuis dix ans, est mort à sa terre de Gourcelles-le-Roi, en Berri, âgé d'enviroa 65 ans. Il fut longtemps l'orateur •de la troupe et s'en acquittait très bien. C'était un homme d'esprit et de lettres, qui parlait avec beaucoup de justesse et très aisément. Il représentait avec succès les rôles de jaloux, de financier et d'hypocrite , et entre autres celui du , y Misanthrope J II laisse au théâtre une très grande > quantité de pièces que le public voit encore tous les jours avec plaisir. Son style est léger, vif, agréable, et si tous ses ouvrages ne sont pas aussi châtiés qu'on le désirerait, on peut dire que le dialogue en est toujours admirable. » i
XVI DANCOURT
« M. Oancourt, dissent les frères Parfait qui rayaient connu au théâtre^ était d'une moyenne grandeur, la taille bien prise avant que Tàge lui eût donné de Tembonpoint ; il avait les cheveux bruns, de beaux yeux, le visage agréable et la physionomie noble et spirituelle. Son principal talent pour le théâtre était les rôles de haut comique, à manteau et raisonnes. A Tégard du tragique, il y était froid et monotone ; aussi jouait-il le moins qu'il lui était possible dans ce dernier genre. JAu reste^ il possédait Tart de lire au mieux non seulement ses ouvrages, mais aussi ceux des auteurs qui lui confiaient leurs productions, et cependant sans s'y préparer par aucune lecture lorsqu'il apportait l'ouvrage à l'assemblée. »
Voilà tout ce que nous savons à peu près de la biographie de Dancourt. C'est peu de chose, et beaucoup de nos lecteurs trouveront sans doute que c'est encore trop. Les moindres particularités d'un écrivain de génie comme Molière intéressent encore , parce qu'elles peuvent jeter quelques lumières sur l'origine de son talent ou la genèse de ses écrits. Mais les mêmes faits de l'existence d'un homme, qui n'a jamais été que de second ordre, sontils de nature à piquer bien vivement la curiosité du public ?
Ses écrits le racontent suffisamment. Dieu me garde de dédaigner les chercheurs érudits qui, même en ces minces sujets, se donnent la peine de découvrir une date exacte, ou de rétablir les circonstances précises d'un petit événement ! Je suis enchanté que tout ce travail préliminaire ait été fait par des biogra-