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ACTE II, SCÈNE V

MERLIN

Pardonnez-moi , Madame ; mais, fort peu de chose, un poulet de grain seulement, un dindon et un lapereau.

MADAMK 6ÉBANTE.

Le pauvre garçon I

MEBLIN.

Enfin, ils ont tous résolu de boire toute Taprèsdîner.

De boire toute l'après-diner ?

MERLIN

Oui, Madame, pour se désennuyer.

Et demeurera-t-il là longtemps, Merlin ?

MERLIN

C'est selon la manière dont on s'y prendra pour l'en tirer.

Et comment faudrait-il s'y prendre ? Dis.

MERLIN

Vous Tallez savoir tout à l'heure. En sortant de chez lui...

LISETTE

Comment, en sortant de chez lui ?

MERLIN

Oui, de son nouveau domicile^ j'ai rencontré notre partie; un honnête pousse-cul m'a fait la grâce ae me la montrer ; car, je ne la connaissais point. D'abord, je lui ai dit que cela était fort vilain d'en agir comme elle faisait : elle m'a répondu qu'elle avait raison de le faire. Je lui ai dit que non, elle m'a dit que si ; et nous avons eu comme cela une petite conversation de démentis, qui s'est pourtant terminée fort omiablement.

Mais enfin, qu'avez-vous conclu?

MERLIN

J'ai conclu, moi, que mon maître ne l'épouserait jamais ; et elle a conclu, elle, qu'il l'épouse-

rait, qu'il était à elle; mais, j'ai bien vu pourtant qu'elle ne serait pas fâchée de le revendre. Son procureur était là, qui est un des plus honnêtes procureurs de tout le Châtelet, je l'ai tiré à part, je l'ai prié de chercher un biais pour accommoder cette affaire. Il a été lui proposer; il est venu me reparler; il est retourné à elle; il est revenu à moi : enfln^ après bien des allées et des venues, on est tombé d'accord que moyennant deux mille écus, elle rendrait la promesse de mariage, et qu'on ne parlerait plus de rien.

Deux mille écus, Merlin ?

MERLIN

Oui, Madame.

MADAME GÉBANTE.

Et Valère sortira-t-il tout aussitôt ?

MEBLIN.

Oui, Madame, pourvu qu'ils aient achevé de dîner; mais, c'est un petit vilain qui ne les vaut pas, les deux mille écus , et je ne sais pas qui les voudrait donner ; car, pour lui, je suis sûr qu'il aimerait mieux demeurer là six mois, et dépenser vingt mille francs à plaider, que de donner un sol à cette fille-là, après le tour qu'elle vient de lui jouer. Pour Monsieur son père, je crois qu'il aura bien de la peine à se résoudre de payer les folies de son fils. Je m'en vais pourtant le trouver pour lui en faire la proposition. Ah ! mon pauvre maître ! est-il possible qu'on aurait la dureté de te laisser coucoer en prison? Adieu, Madame.

Merlin.

Plaît-il, Madame?

MADAME GÉBANTE.

Viens çà.

MERLIN

Qu'y a-t-il pour votre service ?

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