ACTE II, SCÈNE V
Je crois que j'ai deux mille écus là-haut dans mon cabinet.
MERLIN, bas.
Je le savais bien.
Que dis-tu ?
MERLIN
Eh bien ! Madame, vous avez deux mille écus ?
Oui, il faut les portei* à cette fille.
MERLIN
Oh ! Madame, mon maître serait trop en colère, si je faisais un coup comme celui-là ; il verrait bien que je vous aurais conté l'histoire, outre qu'il ne vous a déjà que trop d'obligations.
Je serai bien aise, Merlin, qu'il m'ait encore celle-ci.
Cela vous empêcherait peut-être de faire pour lui quelque chose qui lui serait plus avantageux.
Point, point, va.
MERLIN
Mais, comment ferions-nous. Madame ? car, de porter cet argent-là vous-même, cela n'aurait point bonne grâce, à ce qu'il me semble.
Je m'en fierai bien à toi.
MERLIN
Je vous rends grâces, Madame ; mais encore un petit mot, s'il vous plaît. Comme nous n'avons pas besoin de Monsieur Oronte dans cette affaire, il ne sera que mieux, je crois, de ne lui en point parler du tout.
Tu as raison : entendez-vous, Lisette ?
LISETTE
Oui, Madame.
Viens prendre cet argent, je vais te le compter.
Au moins^ Madame, c'est sans préjudice du reste.
Ne te mets en peine de rien.
LISETTE
Par ma foi, voilà une bonne femme à qui l'argent sied bien ; car, elle en fait un bon usage.