ÉRASTE, LA FLÈCHE, LISETTE
Encore une fois, Monsieur, si vous avez quelque considération pour elle, retournez à Paris, et qu'on ne vous voie point ici,
ÉBASTE.
Ma pauvre Lisette^ que je lui parle un moment, que je la voie seulement, je fen conjure I
4i6 LA MAISON DE CAMPAGNE
LISETTE
Mais vous êtes le maître : vous voilà dans le logis, il ne tient qii*à vous d'y demeurer. Je crois même que si Marianne vous y savait^ elle aurait peut-être autant d'empressement de vous voir et de vous parler, que vous en témoignez vous-même.
ÉBASTE.
Et pourquoi donc ne veux-tu pas nous donner cette satisfaction à l'un et à l'autre?
LISETTE
C'est que j'en sais les conséquences. Dès que vous serez ensemble, vous ne pourrez vous résoudre à vous quitter. Quelqu'un vous surprendra, et où en serons-nous, s'il vous plaît?
LA FLÈCHE
Eh bien I quand on nous surprendra^ nous jettera-t-on par les fenêtres?
LISETTE
\ Non ; mais on me mettra à la porte, et on en- ' .verra Marianne dans un couvent.
Et n'y serait-elle pas moins gênée que dans la maison de son père?
LISETTE
Oh! vraiment non, elle n'y serait pas moins gênée. Vous ne savez pas ce que c'est qu'un couvent pour une grande fille qui a coutume d'être dans le monde ?
ÉRASTE
Mais ne suis-je pas bien malheureux ! Ce logis est ouvert à tout le monde, et je suis peut-être le seul à qui il n'est pas permis d'y venir librement.
LISETTE
C'est que vous êtes un épouseux, vous, et que Monsieur Bernard ne veut point de gens qui épousent.
LA FLÈCHE
Et que veut-il donc, de par tous les diables?
LISETTE
Ce qu'il veut? C'est un ladre, qui veut garder sa fiJle et son argent pour lui.