‹ Théatre choisiChapitre 355 sur 496 · SCÈNE T · texte numérisé non relu

SCÈNE T

LA FLÈCHE

Oh ! il veut... il veut, nous ne voulons pas, nous. Pour Targent, passe ; mais pour la fille, si elle voulait prendre de mes almanachs, je défierais bien un régiment de pères de la garder.

Elle n'en prendra pas, je t'en réponds.

LA FLÈCHE

Tant pis! nous ne venons pourtant ici ijuepour cela, mon maître et moi; et si vous faisiez nien l'une et l'autre, sans tant faire de façons, il enlèverait ta maîtresse, je t'enlèverais, moi : ce serait justement partie carrée, et nous vous ferions voir du pays, je t'en réponds.

LISETTE

Quoi ! mort de ma vie ! vous seriez assez hardis de vous jouer à la justice, et d'enlever la fille d'un \ gentilhomme de robe ? Et toi, maroufle, tu as ^ l'effronterie de me proposer...

LA FLÈCHE

Oh ! oh ! tu vas faire la dragonne de vertu, comme à ton ordinaire ! Fais-nous parler à ta maltresse, elle sera peut-être plus raisonnable.

ÉRASTE

Mais, est-il possible, Lisette, que son frère ne soit point ici ? Il est de mes intimes, et malgré l'entêtement de son père...

I^ISETTE.

Je vous ai déjà dit qu'il y a trois jours qu'il est à la chasse avec de ses amis ; il ne fait guères d'ordures au logis, vraiment, et ce n'est pas sa fille seule que notre vieil avaricieux fait enrager. Il n'y a personne qui ne se sente de sa mauvaise humeur. Sa femme même a bien de la peine à le \ mettre à la raison. Il ne veut voir personne chez lui. Ce serait lui arracher l'âme que de tuer un lapin dans sa garenne ; et il se désespère autant de fois qu'il voit à sa table quelque personne d'extraordinaire.

Vous vous ennuyez donc furieusement ici ?

USETTl,

Pas trop ; mais le vieux pénard se désespère souvent ; car il a beau faire et beau dire, Ha- ^me sa femme va toujours son train. Le petit homme crève de dépit, et Marianne et moi pâtissons de ses chagrins. Mais, tout est perdu; j'entends quelqu'un ; c'est lui, peut-être.

ËRASTE.

Ne pouvons-nous nous cacher quelque part?

LA FLàCHE.

Haugrebleu du sot homme, qui ne veut pas qu'on épouse sa fille I

Fourrez-vous tous deux sous ce degré, et allezvous-en, dés qu'il n'y aura plus personne ici.

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