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SCÈNE V

MENONE.

Il est ivre, au moins, Monsieur le Baron? il sent le vin.

LE CHEVALIER

Cela est vrai, j*en ai bu; quel nez de femme!

LE BARON

Et où t'es-tu accommodé comme cela ?

LE CHEVALIER

Où ? chez Fauteur de cette mauvaise pièce. C'est un bon vivant qui aime la joie, la bonne chère, le bon vin de Champagne ; il nous a régalés... mais, tout compté, tout rabattu, sa comédie ne vaut pas le diable.

LE BARON

N'est-il pas vrai?

LE CHEVALIER

Cela est pitoyable, abominable ; mais je n'en dis point de mal, parce qu'il est de mes amis ; j'ai beaucoup d'égard pour les gens qui me font bonne chère, moi, c est ma grande foUe.

BELINDE.

Vous le voyez souvent, Monsieur le Chevalier?

LE CHEVALIER

Si je le vois, Madame ? je travaille avec lui î quand il a quelque ivrogne à mettre, c'est ordinairement moi qui sers de modèle. Oh ! ce garçon-là copie bien d'après nature. Il a besoin, dans une pièce qu'il fait, d'un caractère de nigaud, de fat, d'imbécile ; je veux lui donner ta connaissance, baron, cela lui fera plaisir sur ma parole ! il a peine à trouver de nouveaux caractères.

HENONE.

Eh ! le moyen qu'il n'en ait pas ? c'est un homme qui ne lit jamais, à ce qu'on dit.

LE CHEVALIER

Oh ! pour cela ce n'est pas sa faute : il n'a pas le temps ; nous sommes toujours à table, et puis, pour les bagatelles qu'il fait, dit-il, il n'a besoin

Sue du livre du monde : il y sait lire, il le connaît, pille là-dedans comme tous les diables.

LE BARON

Qu'il fasse donc voir quelque chose de nouveau, et qu'il ne tourne pas autour de lui-même, comme sur un pivot : toujours des procureurs, des bourgeoises ridicules, des nigauds, des paysans, des meuniers, des meunières. Cet homme-là est né pour le moulin, il ne le peut quitter.

LE CHEVALIER

Oh ! parbleu ! Monsieur de Fonsecq, je vous y prends; vous êtes un rude joueur : c'est vous qui avez fait le quatrain qui court contre lui.

LE BARON

Moi ? point du tout.

LE CHEVALIER

Oh ! si fait, si fait, vous êtes modeste, ne vous en défendez pas. Ce quatrain-là n'est pas trop mauvais; il ferait déshonneur atout autre; mais il est joli pour vous, je vous en réponds.

MENONE.

Eh ! dites-nous ce quatrain. Monsieur le Chevalier.

LE CHEVALIER

Le voici. Madame : je l'ai dans ma poche, car, dans ma mémoire, je ferais scrupule de l'y mettre :

Le pablic est fou, Dieu me damne, De trouver à l'auteur un esprit drôle et fin...

Un esprit drôle et fin ! Cela est bien écrit, an moins, Mesdames?

BELINDE.

Très délicatement ; il n'y a rien de plus joli.

LE CHEVALIER

N'est-il pas vrai ? Écoutez la suite :

Le public est fou. Dieu me damne, De trouver à l'auteur un esprit drôle et fin ; Ce n'est qu'un ignorant : je le garantis âne,

Puisqu'il est toujours au moulin.

Que. dites-vous de la chute, elle est piquante, n'est-ce pas?

BELINDE.

Ah ! toute charmante, toute amoureuse ! Je le garantis âne ! la jolie tournure de phrase ! ma favorite, la jolie tournure de phrase I

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