SCÈNE V
MENONS
Elle est vive, je vous l'avoue. Et que dit le pauvre auteur de ce quatrain-là ? Il est bien fâché ?
LE CHEVALIER
Lui ? Point du tout, il s'en moque, il s'en divertit...
BELINDE.
11 s*en divertit ?
Eh ! parbleu ! oui, tout le monde rit des sottises qu'il fait, il rit aussi des sottises que font les autres. C'est un garçon fort judicieux, oh !
LE BARON
Ce quatrain n'est pas de moi ; mais je le trouve bon^ dfu dernier bien, et aussi excellemment bon que la comédie est parfaitement mauvaise.
LE CHEVALIER
Elle ne vaut pas le diable, te dis-je ! je pense comme toi ; mais je suis jaloux de mes sentiments, et comme l'auteur est de mes amis, si tu conti* nues à penser comme moi^ tu auras aifaire à moi, je t'en avertis.
LE BARON
Oh dame !
MENONE.
Vous êtes un ardent ami. Monsieur le Chevalier.
LE CHEVALIER
Oui, j'aime chaudement, Madame : c'est ma ma-, nière ; et quand je suis chaud de vin surtout. L'auteur m'a fait boire aujourd'hui de la Tocane... c'est un bon vivant... grâce pour sa pièce ; mais je ne connais point le musicien, je vous abandonne la musique.
LE BARON
C'est ce que j'y trouve de plus supportable, moi.
C'est ce qu'il y a de plus mauvais ; vous êtes un ignorant. Je me connais en musique, moi, comme en vin de Champagne. Je veux vous chanter un
petit air qu'on m'apprit hier au soir, Mesdames, vous verrez ce que c est que de la bonne musique.
BELINDE.
Volontiers. Je m'y connais un peu, sans vanité, et j'ai sur moi un air italien, que je vous chanterais aussi, si je n'étais pas si fort enrhumée.
MENONE.
Il faut prier le musicien de la comédie de vous le chanter. Le voici le plus à propos du monde : approchez. Monsieur Tou venelle. C'est uù fort habile homme, au moins, et qui chante presque tout à livre ouvert : il a été mon maître.