DE LORME, LE BAILLI
DE LOBME.
Votre valet, Monsieu le Bailli ; comment vous en va? je m'en allais cheux vous.
LE BAILLI
Je suis bien aise que vous m'ayez rencontré. Me voulez-vous quelque chose?
DE LOBME.
Eh ! parguenne ! si je ne vous voulais rian, je ne vous charcherais pas.
LE BAILLI
Eh bien ! qu'est-ce ? De quoi s*agiUl ?
DE LORME
Il s'agit que défunt mon frère, le meunier d'ici, est trépassé, comme tous savez ; et que Madame sa femme est diablement vivante, à ce qu'il me
garait : cela ne vous parait-il pas itou comme ça, ionsieu le Bailli?
LE BAILLI
Oui, vraiment : je voulais aussi vous parler de cela. C'est une bonne femme, fort entendue, mais* • .
DE LORME
Ce n'est, morgné ! pas de sa bonté, ni de son entendement que je vous parle.
LE BAILLI
Et de quoi donc, s'il vous plaît. Monsieur de Lorme ?
Oh ! palsanguenne ! c'est de son allure! et au train qu'aile va, j'ai peur qu'aile ne bronche ; je ne vas pas de fois au mouhn que je ne trouve la nappe mise et du monde autour, de grandes cruchées de vin par ici, des jambons par ila, un gigot d'un côté, un cochon de lait de l'autre, des ménétriers dans un bâti au, la musette et le hautbois sous l'orme ; il est avis que ce sont des noces parpétuelles, et si, parmi tout ça je ne vois ni curé ni tabellion ! Morgue ! cela me baille martel en tête ; car, voyez-vous, j'ai de l'honneur, et ie sis pour l'âme du défunt presque aussi jaloux de ma belle-sœur, que je laye iamais été de ma femme Margot, pendant qu'aile était au monde ; et je ne l'étais pas mal, comme vous savez?
LE BAILLI
Vous ne l'étiez que trop, et vous aviez quelquefois des emportements...
DE LORME
Oh ! pargué ! je ne l'ai rossée qu'une fois ; mais je la rossis bian, et dans le fond favais tort ; au moins, n'allez pas croire que j'avais raison !