ACTE I, SCENE IH
LE BÂILLl.
Non ! non ! je ne suis point porté à croire le mal.
DE LORHE.
Je ne sais, morgue ! comment ça se fit. Je devais aller ce jour-là à tras lieues d'ici, pour une coupe de bois que j'y avais à vendre ; je rencontris le marchand en sortant du village, il me ramenit au Grand-Cerf; j'y tombîmes d'accord; je bûmes le vin du marché, copieusement, pour ça ; je ne nous quittimes qu'à minuit. Je retournis chez moi, an ne m'y attendait pas; je trouvis ma femme dans le lit, et... voyez un peu queu peste de vision, Monsieu le Bailli, la carogne me paraissit double ! .
LE BAILLI
Voilà une vilaine vision. Monsieur de Lorme.
DE LORME
Je vous laisse à penser queu vacarme ; j'étais pis qu'un enraçé ; mais, le lendemain, je me râpai sis, et je compris facilement que c'est que j'étais ivre, et que c'était ma faute. Enfin, bref, tantia, Margot me pardon ni t ma barlue, an nous raccommodit. Et voyez, Monsieu le Bailli, queu bénédiction! Avant ça, je ne pouviesmes avoir d'enfants, et de ce raccommodement-là, il est venu cette petite fille, qui est votre filliole, et qui a, morgue .' plus d'esprit qu'aile n'est grosse. Oh ! je ne sais pas de qui aile ûant, je vous l'avoue.
LE BAILLI
Vous aimez bien cet enfant-là. Monsieur de Lorme ?
DE LORHE.
Si je l'aime ! c'est une petite miévreté agriable; aile a de petites magnières sémillantes, une maleigneté drôle, aile fait pièce à qui aile peut, aile ne pense bian de personne, aile dit du mal de tout le monde, et si, tout le monde l'aime. Oh I c'est une jolie créature. La voici, je pense ; je lui ai donné charge d'observer sa tante la meunière, aile viant m'en dire queuque nouvelle.
Je VOUS en apprendrai de plus sûres que personne.
DE LORHE.
Bon I tant mieux ! Mais acoutons un tantinet ce que Colette aura à me dire.