COLETTE, BLAISE
COLETTE
C'est à moi qu'il en veut, assurément, et le nigaud n'approchera point que je ne l'appelle. Holà ! Biaise I holà !
BLAISE
Bonjour, Madame Colette, est-ce que vous voudriais me parler, que vous m'appeliez?
COLETTE
Mais toi, mon garçon, n'as-tu rien à me dire?
BLAISE
Morçué nenni ! vous êtes trop moqueuse, queuque sot qui s'y fie, je crèverais plutôt que d'en ouvrir
486 LES TROIS COUSLNES
la bouche ; à moins que ça ne vienne de vous, je n'oserais vous le dire.
COLETTE
Eh ! quoi dire ?
BLAISE
Ce qui m*ameine envars ici. Vous croyez peutêtre que c'est par hasard que j'y vians? ça n'est pargué pas. C'est tout exprès ; et si je n'en fais pas semblant, comme vous voyez ?
Tu es' un garçon bien dissimulé !
BLÀISE.
Parguenne ! il faut être comme ça. Je ne veux point qu'on se gobarge de moi ; voyez le biau plaisir : on ira dire son secret à une fille, et pis la masque s'en gaussera ! Nannin I morgue, nannin ! il n'en sera rian, j'ai plus de cœur que ça.
COLETTE
Tu aurais quelque secret à m'apprendre, à moi ?
BLAISE
Hé ! oui, morguenne, j'en ai un ! Quand vous n'y êtes point, je sis tout prêt à vous le dire, et drès que je vous vois, vous avez une çartaine meine malicieuse qui me renfonce la parole. C'est que je sis timide, voyez-vous, et si pourtant avec les filles, il m'est avis qu'il faut de la hardiesse.
COLETTE
Assurément; rassure-toi, va, va, parle.
BLAISE
Oui, mais si ce secret-là vous est désagriable? Il y a des secrets qui déplaisaient queuquefois ! Votre tante m'a dit le sian, par exemple, il m'a fâché ; si le mian va vous faire de même ?
COLETTE
Et qu'est-ce que c'est que son secret à ma tante?
BLAISE
Qu'aile est amoureuse de moi.
Et le tien, à toi?