ACTE III, SCÈNE IV
LOUISON
Nous lui avons promis de te le persuader.
COLETTE
Vous ne me le persuaderez point. Voyez le beau conseil !
MAROTTE
Comment, le beau conseil? Je lui ai répondu que tu le suivrais, moi.
COLETTE
Mais cela est fort impertinent, fort ridicule, et vous me feriez passer...
LOUISON
Ne te fâcbe point, cousine, il n'y a qu'à n'en rien faire.
COLETTE
Le bel esprit! donner comme ça des paroles, m'engager, malgré moi, dans des démarches.. . Quand est-ce qu'ils partent ?
MAROTTE
Dès aujourd'hui, peut-être.
COLETTE
Dès aujourd'hui?... Vous ne demanderiez pas mieux que de me faire faire un pas comme celuilà pour vous en moquer?... Je suisdans une colère... Oh! je vous le revaudrai, vous me le paierez, et je me vengerai.
Eh bien ! là, venge-toi, et ne fais point tant de bruit ; tu n'as qu'à en dire autant à Monsieur de L épine, cela est bien difficile !
MAROTTE
A Monsieur de Lépiiie... et à Monsieur Giflot aussi.
COLETTE
Fort bien, vous tiendriez toutes deux les paroles que je donnerais? je le vois bien.
MAROTTE
Oh ! pour cela oui : j'ai plus de cœur que toi; et si Ton se mêlait pour moi de quelque affaire, on n'en aurait pas le démenti, je t'en réponds.
LOUISON
On ne fait rien que pour lui faire plaisir, et on en a le désagrément, voyez?
COLETTE
Mais, vraiment, vous n*y songez pas. Aller en pèlerinage comme cela, c'est se faire enlever !
MAROTTE
Non, point du tout : je le croyais d*abord, mais Biaise nous dit que ce n'est qu'un voyage.
Oui, un voyage avec des garçons.
LOUISON
Eh, non ! les filles vont par un côté et les garçons par un autre.
COLETTE
Mais tout revient au même, on se retrouve ?
MAROTTE
Eh! vraiment oui, il faut hien qu'on arrive !
COLETTE
Tenez, mes cousines, voilà un sot voyage, vous avez beau dire.
MAROTTE
Un sot voyage? presque tout le village le fait : est-ce que tout le village voudrait faire une sottise?
LOUISON
C'est en tout bien et en tout honneur, à bonne intention ce qu'on en fait ; et ne serons-nous pas bien aises, au retour, qu'il n'y ait plus de difficultés à nos mariages?
COLETTE
Oui, ça serait bien, si ça était comme ça; mais...
LOUISON
Biaise dit que ça n'a jamais manqué ; laissenous faire ?
Paix ! taisons-nous, voici mon oncle.
COLETTE
Allez-vous-en, et me laissez ici, je veux lui pÉirler avant que de me résoudre.