SCÈNE T
CLETANDRE.
Comment, mon oncle?
LÉPINE
Oui, Monsieur, Madame Julienne la Meunière est, comme vous savez, la tante de votre charmante Colette...
Eh bien?
LÉPINE
Eh bien ! Monsieur, je trouve dans la personne de la tante tout ce que vous trouvez dans celle de la nièce ; et comme je ne m'oppose point à votre satisfaction , vous ne voudrez pas mettre obstacle à ma petite fortune, peut-être ?
CLITANDRE
Quelles visions tu te mets dans la tête ! Toi, épouser Madame Julienne ! il faut auparavant qu'elle devienne veuve.
LÉPINE
Oh ! elle l'est, Monsieur, le meunier est défunt, sur ma parole.
CLITANDRE
Tu ne sais ce que tu dis, cela n'est point.
LÉPINE
Que diantre serait-il donc devenu? On l'a assommé quelque part, sur ma parole; tout le monde le croit, du moins ; et il faut que Madame Julienne en soit bien sûre, elle ; car, depuis quelques jours, elle est d'un contentement, d'une gaieté...
CLITANDRE
Je lui pardonnerais de ne le pas regretter : un fou, un imbécile, qui, sans la résistance de sa femme, aurait rendu sa pauvre petite nièce malheureuse.
LÉPINE
Il prétendait la marier à Monsieur le Bailli, et ce Monsieur le Bailli n'a pas encore renoncé tout à fait à ses prétentions.
CLITANDRE
il peut se flatter lant qu'il lui plaira, mais la tante est dans mes intérêts.
LÉPINE
Vos affaires sont en bonnes mains ; c'est une maltresse femme. La voici^ Monsieur.