SCÈNE II
LfCPlNE.
Oh ! Madame Julienne sait bien ce qu^elle fait, Monsieur.
JULIENNE
Oh I pour cela, oui, j'ai toujours voulu être la maîtresse. Quand Jalian me faisait l'amour, il m'a tant dit qu'il était mon sarviteur, que je n'en ai jamais voulu démordre. Du depuis que je sommes mariés, il a voulu faire le maître ; oh I dame, je nous sommes trouvés deux, je nous sommes querellés, je nous sommes battus; aussi ça fait que je ne nous aimons guères. A la parfin, je \y ai fait désarter la maison ; et de cette magnière-là, je suis demeurée la maîtresse, moi, comme vous voyez.
LÉPINE
Si la nièce suit l'exemple et les leçons de la tante, vous allez faire un beau mariage, Monsieu !
CLITANDRE
Pak I tais-toi .
JULIENNE
M'en croirez-vous, Monsieu Clitandre? Sarvezvous de l'occasion : vous aimez Colette, aile est gentille, aile a de bon bian, j'ons vingt mille francs à elle, ça est bon à prendre; je vous la veux bailler, parce que Julian la voulait bailler à un autre. Si, par aventure, je n'avais plus personne qui m'obstinît, je changerais d'avis, peutrétre, et vous en enrageriais, je gage ?
CLITANDRE
Oui, je serais au désespoir, si vous deveniez contraire à mon amour. J'adore votre aimable nièce, je fais tout mon bonheur de la posséder ; disposez-la seulement à ce mariage, nous en ferons, quand il vous plaira, la cérémonie.
JULIENNE
Dame I acoutez, je prétends que ça fasse fracas dans le pays, et que tout le monde sache que vous serez mon neveu.
CLITANDRE
Je m'en fais trop de plaisir pour ne m*en pas faire honneur, je vous assure.
JULIENNE
Bon I tant mieux ! le Bailli en crèvera de dépit, et je m*en vais faire prier de la noce toutes les meunières des environs, pour qu*alles aient la rage au cœur de voir Colette .devenir grosse madame.
LÉPINE
La bonne personne que Madame Julienne !
JULIENNE
Il faut faire les fiançailles drès aujourd'hui, Monsieu Glitandre : je bâillerai le festin, moi, ayez-nous des ménétriers tant seulement.
LÉPINE
C'est mon affaire à moi, je m'en charge.
iXITANDRE.
Et moi , je vais avertir ma famille de la résolution que j'ai prise, les inviter à venir prendre part à mon bonheur, et je me rends ensuite auprès de votre charmante nièce, pour ne la quitter de ma vie.
JULIENNE
L'aimable petit homme ! Adieu, mon neveu.