SCÈNE X
CHARLOT
Parguenne! comme de couteume, et si ça ne vous convient pas, je m'en gausse ; je ne vous charchons pas, laissez-nous en repos.
LÉPINE
Vous avez quelque chose dans la tête, à ce qu'il me semble?
CHARLOT
Ça est vrai ; il vous semble bian ; j'y sti la volonté de vous paumer la gueule, Monsieur de Lepeine !
LÉPINE
A moi?
Oui, palsanguenne, à vous I vous êtes un débaucheux de filles. Je sis garde-moulin, le meunier n'y est pas, vous en voulez à la nièce, mais si vous me faites prendre un gourdin.
LÉPINE
Qu'est-ce à dire un gourdin ?
CHARLOT
Je ne parle pas pour à c'te heure : c'est une raagnière d avertissement, pour en cas que vous y reveniais.
LÉPINE
J'y reviendrai quand il me plaira. Monsieur Chariot.
CHARLOT
Quand il vous plaira. Monsieur de Lepeine ?
LÉPINE
Assurément, quand il me plaira.
CHARLOT
Eh bian ! revenez-y : ce sont vos affaires, vous êtes le maître.
l?:pine.
Et si vous vous avisez de faire le raisonneur, savez-vous bien que vous vous attirerez mille coups de bâton, mon petit ami?
CHARLOT
Mille coups de bâton ! c'est biaucoup Monsieur de Lepeine !
LÉPINE
Vous les aurez, si vous raisonnez.
CHARLOT
Eh bian ! je ne raisonnerai points vêla qui est flni.
LÉPINE
Vous ferez sagement; et pour vous faire voir qu'on ne vous craint guère, c est que je veux bien vous avertir que mon maître épouse aujourd'hui Colette. Entendez-vous?
CHARLOT
Il époose aujourd'hui Colette, Monsieur de Lepeine ?
LÉPINE
Oui, vous dis-je.
CHARLOT
Et il réponse en vrai mariage ?
LÉPINE
En vrai mariage. Le festin est commandé, les parents et les amis priés; je m'en vais chercher les violons, moi.
CHARLOT
Eh ! mais, morgue, que votre maître ne fasse pas cette sottise-là, il s en repentirait ! Colette est amoureuse de moi. Monsieur de Lepeine.
Colette est amoureuse de vous ?
CHARLOT
Drès le berciau, vous dit-on : je l'ai élevée à la brochette, et tenez... la vêla qui viant, je m'en vais vous le faire dire.
LÉPINE
Parbleu ! je le voudrais de tout mon cœur, mon maître n'aurait que ce qu'il mérite !