COLETTE, LÉPINE, CHARLOT
COLETTE
Bonjour, Chariot.
CHABLOT.
Comme aile me dit bonjour de bonne amitié ! Voyez-vous ?
LÉPINE
Cela est fort tendre.
COLETTE
Votre servante, Monsieur de Lépine.
LAPINE
Je vous baise bian les mains, Mademoiselle Colette.
Qu'est-ce donc, mon garçon ? tu me parais tout triste ?
CHARLOT
Eh ! tatigué, comment ne le serais-je pas ? n'an veut bailler du croc-en-jambe à l'amour que j 'avons l'un pour l'autre.
COLETTE
Nous avons de l'amour l'un pour l'autre ? Qui t'a dit cela, Chariot ?
CHARLOT
Eh I pargué I je sens bian le mien, parsonne n'a que faire de me le dire ; et pour ce qui est du vôtre, il m'est avis que du depis quatre ans vous m'en avez baillé tant de signiûance...
LÉPINE
Haïe ! haïe ! haïe !
COLETTE
Je t'ai donné des signifiances d'amour, moi? Eh! qu'est-ce que c'est que l'amour, Chariot? je ne le connais pas encore.
CHARLOT
Oh ! iati^ué, non? qualle ignorante ! aile en fait, morgue, bian plus qu'aile ne dit, Monsieu de Lepeine.
Mais, vraiment, Chariot, tu perds l'esprit ! et tu ferais croire des choses...
CHARLOT
Pargué I je le fais exprès ; je sis bian aise (ju'on sache ce qui en est; et ie ne veux pas que vous en attrapiais parsonne : oh ! j'ai de la conscience, moi.
LÉPINE
Voilà un honnête garçon.
COLETTE
J'en ai aussi, je t'assure ; et pour te tirer de ton erreur, je te dirai, en bonne conscience, que je ne t'aime point, que je ne t'ai jamais aimé, et que je ne t'aimerai de ma vie.
LÉPINE
Cela est fort clair, Monsieur Chariot, et voilà une déclaration dans les formes.
CHARLOT
Oh ! palsanguenne ! aile ne pense point ça; c'est pour vous le faire accroire. Morgue ! c'est un animal bien trompeux que la femelle d'un homme 1
LÉPINE
Il ne faut pas toujours se fier aux apparences, Monsieur Chariot.
CHARLOT
Me traiter de la magnière ! allez ! cela n'est ni biau, ni honnête, après tout ce qui s'est passé depis que je nous connaissons !
COLETTE
Eh I que s'est-il passé , dis maroufle , qui te fasse penser que j'ai de l'amour pour toi?
CHARLOT
Quoi ! je n'ons pas joué ensemble à la Madame, à Colin-Maillard, à la Queue-leu-leu, à Pétangueule ?
COLETTE
Eh bien ?
SCftNE XI. î)67
CHARLOT
Ce n*est rien que ça, n'est-ce pas? et quand je jouions à la Cleumisette... acoutez, ne me faites pas parler 1
COLETTE
Parle ! parle ! je ne te crains point : quand nous jouions à la Cleumisette ? que veux-tu dire ?
CHARLOT
On nous trouvait tous deux dans la même cache. Sont-ce des preuves que ça, Monsieu de Lepeine ?
LÉPINE
Non, vraiment î
COLETTE
Voyez le grand malheur ! Eh ! pourquoi m'y venais-tu trouver, dis?
CHARLOT
Parce que je vous aime ; mais pourquoi ne me chassiais-vous pas, vous ?
Parce que je ne savais pas que tu m'aimasses, et que je ne t'aimais pas, moi.
CHARLOT
Aile ne m'aimait pas! qu'aile est trigaude! Quand je dansions aux chansons, elle était toujours la première à me prendre, et si aile aurait Voulu pouvoir me tenir par les deux mains, tant aile était assottée de ma parsonne !
COLETTE
Tu t'es figuré cela, mon pauvre Chariot.
CHARLOT
Oh ! pargué non ! je sais bian ce gue je dis. Tenez ! Monsieu de Lepeine, aile faisait cent fois plus de caresses aux francs moigneaux que je ly dénichais, qu'à tous les maries que lui baillaient les autres. Morgue! n'est-ce pas là de l'amour? je vous en fais juge.
LÉPINE
Il y a quelque chose à dire à cela, vous avez raison ; mais il n'y a pas de quoi rebuter mon maître, et ces bagatelles-là ne l'empêcheront pas de conclure le mariage.
CHARLOT
Ça ne Ten empêchera pas?
LÉPINE
Non^ vraiment.
Tatiguél que je sis fâché de ce qu'il n'y en a pas davantage !
COLETTE
J'en sis fort contente, moi : tu l'aurais dit de môme.
CHARLOT
Oh ! pour c'ty-là, oui, je vous en réponds I
COLETTE
Où est votre maître, Monsieur de Lépine ?
LÉPINE
Vous ne tarderez pas à le voir; je vais vous l'amener dans le moment même.
COLETTE
Et moi, je vais l'attendre avec impatience.
CHARLOT
Ilom ! la masque !