SCÈNE m
tient qu'à lui d'en avoir autant qu'homme de France.
MERLIN, à part.
Gomment diantre! m'aurait-il reconnu?
DORANTE
Demandez-lui si je me trompe.
MERLIN
Monsieur.
Eh! allons, allons, parlons franchement , mon ami. Je suis hon prince, comme tu vois, je me connais en gens, et toute ta science ne se borne point à bien faire un message, et a peigner une perruque. Plaît-il?
MERLIN
Monsieur.
DORANTE
Qu'en penses-tu, Lisette ?. Regarde -le un peu. Hem! Qu en dis-tu?
LISETTE
Je lui trouve quelque chose de grand, quelque chose d'illustre dans la physionomie.
MERLIN
Ma physionomie est assez heureuse. (A part) J'enrage,* me voilà découvert.
DORANTE
Nous' nous sommes vus quelque part, et tu ne te nommais pas Merlin en ce temps- là. Tu es un adroit, m«n ami.
MERLIN
{A part) Tout est perdu. {Haut) Monsieur, je ne me remets pas...
DORANTE
Là, ne te trouble point. Mon dessein n'est pas de te nuire, au contraire ; mais puisque tu m'as fait l'honneur de me choisir pour ton maître, il est juste que je profite de tes petits talents.
Monsieur....
LISETTE
Eh ! mort de ma vie ! tu fais bien des façons pour avouer la chose. Est-ce un si grand crime, et nV a-t-ii pas aujourd'hui mille honnêtes gens qui s en mêlent?
MERLIN
Eh bien! Monsieur, puisqu'il faut dire comme vont les choses, il est vrai que je me suis autrefois mêlé de quelques petites bagatelles, mais Je vous assure que j'ai tout oublié. Je ne vous conseille pas de jouer de moitié avec moi, je vous ferais perdre infailliblement.
DORANTE
Non, non, garde les trente pistoles, je ne te les ai pas données pour jouer de moitié. C'est déjà quelque chose que de s'être mêlé autrefois de la bagatelle, et il n'est pas que tu n'en saches assez pour ce qu'il nous faut.
MERLIN
Mais au moins, Monsieur, je vous prie de ne me point engager dans quelque mauvaise affaire. Je ne suis pas encore trop bien raccommodé avec la justice, et nous boudons ensemble depuis quelque temps.
DORANTE
Ce sont les petits différends que tu as eus avec elle qui t'ont fait mettre en condition, n'estce pas?
Mais, Monsieur, puisque vous devinei si bien les choses, je ne vous nierai point qiie quelquesunes de ces petites bagatelles, quelques décrets mal purgés, m'ont fait résoudre à me mettre auprès de quelque honnête personne qui eût soin de moi, et qui m'honorât de sa protection en cas de besoin.
DORANTE
Tu peux t'assurcr de tout cela avec moi, si tu me sers sans me trahir. Ne connaltrais-tu point un certain chevalier de Bellemonte, par hasard? Les habiles gens se connaissent ordinairement.