‹ Théatre choisiChapitre 52 sur 496 · SCÈNE m · texte numérisé non relu

SCÈNE m

tient qu'à lui d'en avoir autant qu'homme de France.

MERLIN, à part.

Gomment diantre! m'aurait-il reconnu?

DORANTE

Demandez-lui si je me trompe.

MERLIN

Monsieur.

Eh! allons, allons, parlons franchement , mon ami. Je suis hon prince, comme tu vois, je me connais en gens, et toute ta science ne se borne point à bien faire un message, et a peigner une perruque. Plaît-il?

MERLIN

Monsieur.

DORANTE

Qu'en penses-tu, Lisette ?. Regarde -le un peu. Hem! Qu en dis-tu?

LISETTE

Je lui trouve quelque chose de grand, quelque chose d'illustre dans la physionomie.

MERLIN

Ma physionomie est assez heureuse. (A part) J'enrage,* me voilà découvert.

DORANTE

Nous' nous sommes vus quelque part, et tu ne te nommais pas Merlin en ce temps- là. Tu es un adroit, m«n ami.

MERLIN

{A part) Tout est perdu. {Haut) Monsieur, je ne me remets pas...

DORANTE

Là, ne te trouble point. Mon dessein n'est pas de te nuire, au contraire ; mais puisque tu m'as fait l'honneur de me choisir pour ton maître, il est juste que je profite de tes petits talents.

Monsieur....

LISETTE

Eh ! mort de ma vie ! tu fais bien des façons pour avouer la chose. Est-ce un si grand crime, et nV a-t-ii pas aujourd'hui mille honnêtes gens qui s en mêlent?

MERLIN

Eh bien! Monsieur, puisqu'il faut dire comme vont les choses, il est vrai que je me suis autrefois mêlé de quelques petites bagatelles, mais Je vous assure que j'ai tout oublié. Je ne vous conseille pas de jouer de moitié avec moi, je vous ferais perdre infailliblement.

DORANTE

Non, non, garde les trente pistoles, je ne te les ai pas données pour jouer de moitié. C'est déjà quelque chose que de s'être mêlé autrefois de la bagatelle, et il n'est pas que tu n'en saches assez pour ce qu'il nous faut.

MERLIN

Mais au moins, Monsieur, je vous prie de ne me point engager dans quelque mauvaise affaire. Je ne suis pas encore trop bien raccommodé avec la justice, et nous boudons ensemble depuis quelque temps.

DORANTE

Ce sont les petits différends que tu as eus avec elle qui t'ont fait mettre en condition, n'estce pas?

Mais, Monsieur, puisque vous devinei si bien les choses, je ne vous nierai point qiie quelquesunes de ces petites bagatelles, quelques décrets mal purgés, m'ont fait résoudre à me mettre auprès de quelque honnête personne qui eût soin de moi, et qui m'honorât de sa protection en cas de besoin.

DORANTE

Tu peux t'assurcr de tout cela avec moi, si tu me sers sans me trahir. Ne connaltrais-tu point un certain chevalier de Bellemonte, par hasard? Les habiles gens se connaissent ordinairement.

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