‹ Théatre choisiChapitre 93 sur 496 · ACTE II, SCÈNE II · texte numérisé non relu

ACTE II, SCÈNE II

MADAME PATIN

Ah! Monsieur Serrefort, quel dessein vous amène ? Vous m'auriez fait plaisir de me souffrir seule aujourd'hui ; mais, puisque vous voilà, finissons, je vous en prie. De quoi s'agit-il?

MONSIEUR SEBHEFORT.

Qu'est-ce donc, Madame ma belle-sœur, de quel ton le prenez-vous là, s'il vous plaît? Ecoutez, vous vous donnez des airs qui ne vous conviennent point ; et sans parler de ce qui me regarde, vous prenez un ridicule dont vous vous repentirez quelque jour.

Un fauteuil, Lisette. Je prévois que Monsieur va m'endormir.

MONSIEUR SERREFORT.

Non, Madame ; et si vous êtes sage, ce que j'ai à vous dire vous réveillera terriblement, au contraire.

MADAME PATIN

Ne prêchez donc pas longtemps, je vous prie.

• MONSIEUR SERREFORT.

Si vous pouviez profiter de mes sermons, il ne vous arriverait pas tous les jours de nouvelles affaires , qui vous perdront entièrement à la la fin.

MADAME PATIN

Ah ! ah ! vous vous intéressez étrangement à ma conduite.

MONSIEUR SERREFORT.

Et qui s'y intéressera, si je ne le fais pas? Vous êtes la tante de ma fille, veuve de maître Paul Patin, mon frère, et je ne veux point que l'on dise dans le monde que la veuve de mon frère, la tante de ma fille, est une folle achevée.

MADAME PATIN

Comment une folle? Vous perdez le respect, Monsieur Serrefort ; et il faut que je trouve les moyens de me défaire de vous, pour ne plus entendre des sottises à quoi je ne sais point répondre.

MONSIEUR SERREFORT.

Eh! ventrebleu! Madame Patin, vous devriez vous défaire de toutes vos manières et de vos airs de grandeur, surtout pour ne plus recevoir d'avanie pareille à celle d'aujourd'hui.

MADAME PATIN

Vous devriez, Monsieur Serrefort, ne me point reprocher des choses où je ne suis exposée que parce qa'on me croit votre belle sœur ; mais voilà qui est fait. Monsieur Serrefort, je ferai afficher que je ne la suis plus depuis mon veuvage, je vous renonce pour mon beau-frère, Monsieur Serrefort; et, puisque jusqu'ici mes dépenses, la noblesse de mes manières, et tout ce que je fais tous les jours, n'ont pu me corriger du défaut d'avoir été la femme d'un partisan, je prétends...

MONSIEUR SERREFORT.

Eh I têtebleu ! Madame Patin, c'est le plus bel endroit de votre vie que le nom de Patin ! Et sans l'économie et la conduite du pauvre défunt, vous ne seriez guère en état de prendre des airs si ridicules. Je voudrais bien savoir...

MADAME PATIN

Courage, courage. Monsieur Serrefort, vous faites bien de jouer de votre reste.

MONSIEUR SERREFORT.

Je voudrais bien savoir, vous dis-je, si vous ne feriez pas mieux d'avoir un bon carrosse , mais doublé de drap couleur d'olive, avec un chiflFre entouré d'une cordelière, un cocher maigre, vôtu de brun, un petit laquais seulement poui' ouvrir la portière, et des chevaux modestes, que de promener par la ville ce somptueux équipage qui fait demander qui vous êtes, ces chevaux fringants qui éclaboussent les gens de pied, et tout cet attirail, enfin, qui vous fait ordinairement mépriser des gens de qualité, envier de vos égaux, et maudire par la canaille. Vous devriez, Madame Patin, retrancher tout ce faste qui vous environne.

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