ACTE II, SCÈNE IL
LISETTE
Mais y Monsieur...
(à Madame Patin, qui tousse ^ crache et se mouche,)
Qu'avez-vous, Madame ?
MADAME PATIN
Je prends haleine. Monsieur ne va-t-il pas passer au second point?
MONSIEUR SERREFORT.
Non, Madame, et j*en reviens toujours à l'équipage.
MADAME PATIN
Le fatigant homme !
MONSIEUR SERREFORT.
Que faites-vous, entre autres choses, de ce cocher à barbe retroussée ? Quand ce serait celui de la reine de Saba...
LISETTE
Mais, est-ce c(ue vous voudriez,' Monsieur, que Madame allât faire la barbe à son cocher?
MONSIEUR SERREFORT.
Non ; mais qu'elle en prenne un autre.
MADAME PATIN
Oh bien ! Monsieur, en un mot comme en mille, je prétends vivre à ma manière; je ne veux point de vos conseils, et me moque de vos remontrances. Je suis veuve. Dieu merci. Je ne dépends de personne que de moi-même. Vous venez ici me morigéner, comme si vous aviez quelque droit sur ma conduite ; c'est tout ce que je pourrais souffrir à un mari.
MONSIEUR SERREFORT.
Quand M. Migaud sera le vôtre, il fera comme il l'entendra, Madame ; car je crois gue vous ne nous manquerez pas de parole; et si vous aimez tant la dépense, ce mariage au moins vous donnera quelque titre qui rendra vos grands airs plus supportables.
MADAME PATIN
Oui, Monsieur, quand Monsieur Migaud sera mon mari, je prendrai ses leçons, pourvu qu'il ne
suive pas les vôtres. Il s*accommodera de mes manières, ou je me ferai aux siennes. Est-ce fait? Avez- vous tout dit? Sortez- vous, ou voulez- voua que je sorte ?
MONSIEUR SERREFORT.
Non, Madame, demeurez; je ne me mêlerai plus de vos affaires, je vous assure ; mais <|u*une tête bien sensée en ait au plus tôt la conduite, et que ce double mariage, que nous avons résolu, se termine avant la fin de la semaine, je vous prie.
Ne vous mettez pas en peine.