Théâtre choisi illustré
L'œuvre dramatique ùe Voltaire a rempli toute sa vie. Sa première pièce, Œdipe, est de 1718, et il meurt au moment d'achever Agathode, en 1778. Au total Voltaire a écrit une cinquantaine de pièces, tragédies en grande partie, comédies, opéras et divertissements pour le reste.
Les opéras et comédies- ballets sont des œuvres de circonstance qui n'ont pas de valeur littéraire ; ce sont des livrets et rien de plus.
Les comédies, quoique formant un groupe de treize pièces, n'ont jamais rapporté beaucoup de gloire à Voltaire. Chose étonnante, en apparence. Voltaire, qui a tant d'esprit, manque de « force comique ». Il ne sait pas, comme Molière, faire jaillir de la rencontre des caractères ou du développement d'une situation le rire irrésistible et profond. Ses personnages n'existent pas objectivement ; c'est toujours Voltaire qui parle sous chacun des masques ; il met beaucoup de brillant dans le dialogue, peu de vie réelle. Ses meilleures comédies sont les Originaux, la Prude, et surtout l'Indiscret, qui continue la tradition classique de la comédie de caractère.
Vers 1730 commença un mouvement de réncA*ation en comédie ; on prit goût aux pièces où la gaieté s'alliait au pathétique, aux comédies < larmoyantes », comme les appelaient les railleurs. Voltaire s'en moqua et en fit poar ne pas rester en arrière. Nanine est sa meilleure œ^.v.rc en ce genre un peu ennuyeux.
Voltaire sut donner un intérêt au moins passager à ed- ^ laines de ses comédies en y flagellant âprement quelques-uns de ses ennemis personnels. Il écrivit tout exprès contre l'abbé Desfcntaines l'Envieux et contre le journaliste Fréron l'Ecossaise. Fréron y était représenté ouvertement sous le nom de Frelon (l'acteur qui jouait ce rôle s'était même procuré, paraît-il, un de ses vieux habits). Malgré ces satires piquantes et bien des traits heureux, les comédies de Voltaire nous paraissent dans leur ensemble faibles et }vu caixibles de supporter la représentation.
L'œuvre tragique est plus remarquable. Elle fut d'ailleurs, à travers une \ie longue et agitée, la préoccupation continuelle de Voltaire. Son ambition la plus tenace fut d'égaler et même de surpasser Corneille et Racine. Il commença par être leur disciple docile ; il Jmitait fidèlement leurs procédés dramatiques et leur style ; il unissait assez habilement dans ses vei^s la vigueur coméHenne à la fluidité racini nne ; les réminiscences abondent sous sa plume. Mais il \'oulut aussi créer ; sans renoncer à l'inspiration classique, il s'efîorça d'introduire plusieurs nouveautés. — — Il se plut à varier le^Ue»d>ei'ac.tioii. Au lieu de se cantonner comme lis poètesTragiques du xvii« siècle presque exclusivement dans le domaine du monde antique, il vagabonde un peu partout: il conduit le spectateur en Amérique ^ec Alzire et en extrême Orieat Jtyec rOrph-elln de la Chine.
Il ne se contente pas de prendre ses héros dans l'histoire ^. ancienne ; Zalïc, Tancrède, Adél-atdc du Gnesclin me tent ^ en scène des personnages du moyen âge français.
" Les sujets de tragédies étaient jusqu'alors toujours disposés autour d'une intrigue d'amotir. Voltaire \-eut rompre avec cette habitude affadissante. Sa tragédie d'Œdipc, dans sa première forme, fut refusée par les comédiens parce qu'elle ne contenait pas d'aventure amoureuse. La Mari dt César ne comporte pas de rôîc de femme. Le sujet de