THEATRE
Uri'.lus est le doyoir civique ; dans Mahomet, c'est le fanatisme. Voltaire crée la pièce à thèse, guijiQmet plus en conflit y^ H^^ââMons,jnais__^dc&. idées philosophi^uçs. Les Gucbrcs sont un plaidoyer pour la tolérance, les Lois de ^linos uiic satire contre les parlements.
VfJ^fnm^^Jnj^roHnit .-^ussi plus d'action sur le théâtre. \\ . Sous 1 mlTûonce de Shakespeare, dont la grandeur rude et pathétique l'avait frappé, il donne davantage d'importance aux i>éripéties, les coups de théâtre abondent, des fantômes apparaissent, telle l'ombre de Ninus dans Séviiramis. Plus que ses devanciers, Voltaire s'api>lique à la mise en scène, au décor et à la figuration. Dans Brutus, il nous montre le Sénat cissemblé. Les costumes ne ^^ont prescjue plus des ^ costumes de convention : Voltaire^ fait un effort vers la ^ vérité ^historique et ethnograplii^uc. Toutefois il réagit contre ceux qui voudraient abuser de ces moyens matériels pour frapf)er les sens : il refuse de laisser monter un échafaud sur la scène dans sa tragédie de Tancfède.
Il n'est pas jusqu'au style tragique que Voltaire n'ait cherché à rajeunir : il lui donne du brillant ; dans la versification, il tente des combinaisons nouvelles : Tancrcd^ Y est écrit en jrimes croisées. Ainsi Voltaire brise la monotonie des rimes plates", surtout sensible dans les tirades.
Malgré ces essais de réno\'ation, l'œuvre tragique de Voltaire n'a point égalé les chefs-d'œuvre du siècle pré'cédent. C'est que Voltaire a été trop timide dans ses audaces ; il s'est contenté de replâtrer la tragédie classique sans la modifier essentiellement : iL a gardé l'obligation étroite de faire tenir l'action en nn seïïFfour et en nn^nuMien ;^ iTâobservé scrupuleusement l'unité de ton du genre tragique. Il n'a pas compris qu'il fallait bousculer ces contraintes médiocres et donner toute liberté à l'art. Il y avait à faire alors une œuvre de création et de puissance à l'image de celle de Shakespeare ; mais Voltaire, après avoir admiré le grapd dramaturge anglais, fut choqué de ses inégalités, de ses fautes de goût, et finit par le traiter de barbare.
Voltaire abuse des procédés de théâtre, en pafficuher des reconnaissances ; il ouvre ainsi fâcheusement la voie ^' au mélj^rame : il frappe plus souvent les nerfs qu'il n'émeut) l'âme. Les cai-actères ne sont pas très fortement constitués.
Le brillant élève dea jésuites n'a pas su s'abstraire de son œuvre : la plupart de ses héros récitent des tirades, mor- ■ ceaiix de rhétorique, d'ailleurs bien venus en général.
Et puis il écrit trop vite. Les Lois de Minos furent composées en moins de huit jours. « C'est l'œuvre de six jours,» /écrivait-il au sujet à'Olympie. A quoi d'Alembert répon- Idait spirituellement : « L'auteur n'aurait pas dû se reposer l le septième jour. » On s'explique aisément que le style, toujours facile et clair, soit en maint endroit faible, prosaïque et même incorrect.
Disons enfin que Voltaire, toutes les fois qu'il se sert de la tragédie pour polémiquer, s'interdit presque par cela même de faire œuvre d'art. Ainsi en fut-il quand il se mit en tête de refaire les tragédies du vieux Crébillon : Oresie, Rome sauvée, les Pélopides ont été écrites pour confondre son rival et non dans l'élan d'une inspiration sincère. Les pièces philosophiques ne sont que des pamphlets découpés en plusieurs morceaux et déclamés tour à tour par des héros impersonnels.
Voilà les défauts marquants de Voltaire poète tragique ; 4 mais ils n'annihilent pas la valeur de son œuvre. Voltaire Ra eu réellement le sens de la tragédie ; il y a apporté une ^ardeur toujours jeune et une admirable agihté d'esprit, et ce qu'il a produit n'est pas indigne de son nom. Si 1 on met à part les pièces de combat *, intéressantes seulement pour l'histoire des idées et de la société, il reste les tragédies proprement littéraires. Celles-ci ont des mérites ; quelquesunes, entre autres ^mre, Alzire. Mérope, sont réellcmeiit émouvantes et très supérieures aux médiocres productions
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pour nous le véritable talent dramatique de Voltaire.