‹ Théâtre choisi illustréChapitre 103 sur 191 · ACTE m · texte numérisé non relu

ACTE m

ZAMORE

Ah, Moritéze ! ah, cruel ! mon cœur n'a pu te croire !

A-t-il osé t'apprendrc une action si noire? Sais-tu pour quel époux j'ai pu t'abandonner?

ZAMORE

Non, mais parle : aujourd'hui rien ne peut m'étonner.

ALZIRE

Eh bien ! vois donc l'abîme où le sort nous engage. \'oh le comble du crime ainsi que de l'outrage.

ZAMORE

Alzire !

ALZIRE

Ce Gusman...

ZAMORE

Grand Dieu !

ALZIRE

Ton assassin, \'ient on ce même instant de recevoir ma main.

ZAMORE

Lui ?

ALZIRE

Mon père, Alvarez, ont trompé ma jeunesse. Ils ont à cet hymen entraîné ma faiblesse. Ta criminelle amante, aux autels des chrétiens. Vient pre.sque sous tes yeux de former ces liens. J'ai tout quitté, mes dieux, mon amant, ma patrie ' : Au nom de tous les trois, arrache-moi la vie. Voilà mon cœur, il vole au-devant de tes coups.

Alzire, est-il bien vrai? Gusman est ton époux !

ALZIRE

Je pourrais t'alléguer, pour affaibhr mon crime. De mon père sur moi le pouvoir légitime. L'erreur où nous étions, mes regrets, mes combats. Les pleurs que j'ai trois ans donnés à ton trépas ; Que des chrétiens vainqueurs esclave infortunée *,

z . Vttr. : J'ai trahi mon amant, ses dieux et ma patrie.

: . Var. : Qu'à la foi des chrétiens si je suis engagée,

SotJâ ce culte AMn mon devoir m'a rangée.

^^20 — ALZIRE

La douleur de ta perte à leur Dieu m'a donnée ; "Que je t'aimai toujours ; que mon cœur éperdu s A détesté tes dieux', qui t'ont mal défendu : \ Mais je ne cherche point, je ne veux point d'excuse ; ' Il n'en est point pour moi, lorsque l'amour m'accuse. , Tu vis, il me suf&t. Je t'ai manqué de foi ; Tranche mes jours affreux, qui ne sont plus pour toi. Quoi ! tu ne me vois point d'un œil impitoyable?

ZAMORE

Non, si je suis aimé, non, tu n'es point coupable : Puis-je encor me flatter de régner dans ton cœur?

ALZIRE

Quand Montèze, Alvarez, peut-être un dieu vengeur. Nos chrétiens, ma faiblesse, au temple m'ont conduite, Sûre de ton trépas, à cet hymen réduite. Enchaînée à Gusman par des nœuds éternels. J'adorais ta mémoire au pied de nos autels. Nos peuples, nos tyrans, tous ont su que je t'aime ; Je l'ai dit à la terre, au ciel, à Gusman même ; Et dans l'affreux moment, Zamore, où je te vois. Je te le dis encor pour la dernière fois.

ZAMORE

Pour la dernière fois Zamore t'aurait vue !

Tu me serais ravie aussitôt que rendue !

Ah ! si l'amour encor te parlait aujourd'hui !...

ALZIRE

O ciel ! c'est Gusman même, et son père avec lui.

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