‹ Théâtre choisi illustréChapitre 104 sur 191 · ACTE m · texte numérisé non relu

ACTE m

ZAMORE

Qu'entends-je? lui, Gusman ! lui, ton fils, ce barbare?

ALZIRE

Ciel ! détourne les coups que ce moment prépare.

ALVAREZ

Dans quel étonnement...

ZAMORE

Quoi ! le ciel a permis Que ce vertueux père eût cet indigne fils?

GUSMAN

/*JE§clave, d'où te vient cette aveugle furie? ^"^is-tu bien qui je suis?

ZAMORE

Horreur de ma patrie !

Parmi les malheureux que ton pouvoir a faits. Connais-tu bien Zamore, et vois-tu tes forfaits?

GUSMAN

Toi!

ALVAREZ

Zamore !

Oui ; lui-même, à qui ta barbarie Voulut ôter l'honneur et crut ôter la vie ; Lui, que tu fis languir dans des tourments honteux, "■fLui, dont l'aspect ici te fait baisser les yeux. Ravisseur de nos biens, tyran de notre empire. Tu viens de m'arracher le seul bien où j'aspire. Achève, et de ce fer, trésor de tes climats. Préviens mon bras vengeur, et préviens ton trépas. La main, la même main qui t'a rendu ton père.

Dans ton sang odieux pourrait venger la terre* ; ) YVI> ùfidljXiiJ w^t Et j'aurais les mortels et les dieux pour amis, ' D *'

En révérant le p>ère et punissant le fils. HJtu^W^

I . Père doit riioer avec Urre, parce qu'on bien avec abhorre, quoiqu'il n'y ait qu'un r

les prononce tous deux de même. C'est aux à l'un et qu'il y en ait deux à l'autre. La

oreilles et non pas aux yeux qu'il faut rimer, rime est faite ptour l'oreille ; im usage con-

Cela est si vra que le mot paon n'a jamais traire ne serait qu'une pédanterie ridicule

rimé avec Phaon, quoique l'orthographe et déraisonnable (V.). soit la même ; et que le mot encore rime très

VOLTAIRS — TBÉATR& •

12S — A LZIRE

ALVAREZ, à Gusman.

De ce discours, ô ciel ! que je me sens confondre ! Vous sentez-vous coupable et pouvez- vous répondre?

GUSMAN

Répondre à ce rebelle et daigner m'avilir Jusqu'à le réfuter, quand je le dois punir ! Son juste châtiment, que lui-même il prononce, Sans mon respect pour vous eût été ma réponse.

{A Alzire.) Madame, votre cœur doit vous instruire assez A quel point en secret ici vous m'offensez ; Vous qui, sinon pour moi, du moins pour votre gloire. Deviez de cet esclave étouffer la mémoire ; Vous, dont les j)leurs encore outragent votre époux ; Vous, que j'aimais assez pour en être jaloux.

ALZIRE

(A Giisman.) {A Alvarez.)

Cruel !... Et vous, seigneur, mon protecteur, mon père... ;

[A Zamore.) Toi, jadis mon espoir, en un temps plus prospère. Voyez le joug horrible où mon sort est Ué. Et frémissez tous trois d'horreur et de pitié.

[En montrant Zamore.) Voici l'amant, l'époux que me choisit mon père. Avant que je connusse un nouvel hémisphère, (^vant que de l'Europe on nous portât des fers. Le bruit de son trépas perdit cet univers ; Je vis tomber l'empire où régncuent mes ancêtres ; Tout changea sur la terre, et je connus des maîtres. Mon père infortuné, plein d'ennuis et de jours, Au Dieu que vous servez eut à la fin recours ; C'est ce Dieu des chrétiens que devant vous j'atteste ; Ses autels sont témoins de mon hymen funeste ; C'est aux pieds de ce Dieu qu'un horrible serment Me donne au meurtrier qui m'ôta mon amant. Je connais mal peut-être une loi si nouvelle ; Mais j'en crois ma vertu, qui parle aussi haut c^>^')^^f^^ j^ Zamore, tu m'es cher, je t'aime, je le doi ; •'

Mais après mes serments je ne puis être à toi. Toi, Gusman, dont je suis l'épouse et la victime. Je ne suis point à toi, cruel, après ton crime.

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