ACTE V — 14t
Quitterai-je mes dieux pour le Dieu de Gusman?
{A Alvaree.) Et toi, plus que ton fils seras- tu mon tyran? Tu veux qu'Alzire meure, ou que je vive en traître ! Ah ! lorsque de tes jours je me suis vu le maître, Si j'avais mis ta vie à cet indigne prix. Parle, aurais-tu quitté le Dieu de ton pays?
ALVAREZ
J'aurais fait ce qu'ici tu me vois faire encore.^ J'aurais prié ce Dieu, seul être que j'adore. De n'abandonner pas un cœur tel que le tien,! Tout aveugle qu'il est. digne d'être chrétien."
ZAMORE
Dieux ! quel genre inouï de trouble et de supplice f Entre quels attentats faut-il que je choisisse?
{A Ahive.) Il s'agit de tes jours, il s'agit de mes dieux. Toi qui m'oses aimer, ose juger entre eux. Je m'en remets à toi ; mon cœur se flatte encore Que tu ne voudras point la honte de Zamore.
ALZIRE
Écoute. Tu sais trop qu'un père infortuné
Disposa de ce cœur que je t'avais donné ;
Je reconnus son Dieu : tu peux de ma jeunesse "Accuser, si tu veux, l'erreur ou la faiblesse ; ""
^ Mais des lois des chrétiens mon esprit enchanté
Vit chez eux, ou du moins crut voir la vérité ;
Et ma bouche, abjurant les dieux de ma patrie.
Par mon âme en secret ne fut point démentie, ' . ^
__R'îais renoncer aux dieux que l'on croit dans son cœur,-" '^
C|est le crime d'un lâche, et non pas une erreur :
C'est trahir à la fois, sous un masque hypocrite.
Et le Dieu qu'on préfère, et le Dieu que l'on quitte : jC'est mentir au ciel même, à l'univers, à soi.
IVlourons, mais en mourant sois digne encor de moi ;
Et, si Dieu ne te donne une clarté nouvelle,
Ta' probité te parle, il faut n'écouter qu'elle'.
ZAMORE
J'ai prévu ta réponse : il vaut mieux expirer Et mourir avec toi que se déshonorer.
140 — ALZIRE
ALVAREZ
Cruels ! ainsi tous deux \'ous voulez votre perte, Vous bravez ma bonté qui vous était ofîerte. l'xoutez, le temps presse, et ces lugubres cris...