SCÈNE l'e. — MÉROPE, EURYCLÈS, ISMÉNIE
MÉROPE
Quoi ! l'univers se tait sur le destin d'Égisthe ! Je n'entends que trop bien ce silence si triste.
1 . Variante, Voltaire supprima, le jour de la première représentation, la scène suivante qui était la première Je l'acte II. E!!c est connue par une copie qu'en avait consen'ée Mlle Dnraesnil.
ISMÉNIE, EURYCLÈS
ISMÉNIE
Oui, toujours de son fils sa douleur occupée. D'aucun autre intérêt ne peut être frappée. Cet hymen nécessaire irrite ses esprits ; Elle craint d'offenser le nom seul de son fils. Elle a devant les yeux cette éternelle image, De ses illusions tendre et funeste ouvrage : EUe embrasse cette ombre, et ses humides yeux Relisent ce billet, ce gage précieux.
Ce billet de Narbas, unique témoignage Qui jusqu'en sa prison put trouver un passage. Le nom de ce cher fils, effacé par ses pleurs. Flatte son espérance, irrite ses douleurs, La soutient et l'abat, la console et la tue Vous ne guérirez point cette âme prévenue.
EURYCLliâ
Je saurai l'admirer ; une autre en cet état
De la grandeur suprême aurait mieux vu l'éclat.
Eût pleuré sur le trône, et, bientôt consolée.
Oublierait la nature aux grandeurs immolée.
Je vois avec respect ce courage obstiné,
Dans ses nobles douleurs ferme et déterminé.
Vainqueur de l'intérêt, et vainqueur du temps même.
Mcrope se pordra, je le vois ; mais elle aime.
Que n'ai-je pu savoir ce vertueux amoui !
Que n'ai-je pu d'Egisthe annoncer le retour I
J'ai des temples voisins parcouru les asiles ;
De moi, de mes amis, les pas sont inutiles ;
Ils n'ont rien aperça sur ces bords odieux ,
Que le vil assassin que j'amène en ces lieux.