‹ Théâtre choisi illustréChapitre 148 sur 191 · ACTE II — i · texte numérisé non relu

ACTE II — i

Aux frontières d'Élidc enfin n'a-t-on rien su?

EURYCLÈS

On n'a rien découvert ; et tout ce qu'on a vu, Cest mi. 4eijne^ étranger^de^ qui Ia niain sanglante D'un meurtre encor récent paraissait dégouttante ; Enchaîné par mon ordre, on l'amène au palais. ~

MÉROPE

Un meurtre ! un inconnu ! Qu'a-t-il fait, Euryclès? Quel sang a-t-il versé? Vous me glacez de crainte.

EURYCLÈS

Triste effet de l'amour dont votre âme est atteinte ! Le moindre événement vous porte un coup mortel Tout sert à déchirer ce cœur trop maternel ; Tout fait parler en vous la voix de la nature. Mais de ce meurtrier la commune aventure N'a rien dont vos esprits doivent être agités. De crimes, de brigands, ces bords sont infectés ; C'est le fruit malheureux de nos guerres civiles. La justice est sans force ; et nos champs et nos villes Redemandent aux dieux, trop longtemps négligés, Le sang des citoyens l'un par l'autre égorgés. Écartez des terreurs dont le poids vous afflige.

MÉROPE

Quel est cet inconnu? Répondez-moi, vous dis-je.

EURYCLÈS

C'est un de ces mortels du sort abandonnés. Nourris dans la bassesse, aux travaux condamnés ; Un malheureux sans nom, si l'on croit l'apparence.

-MÉROPE

N'importe, quel qu'il soit, qu'il vienne en ma présence Le témoin le plus vil et les moindres clartés Nous montrent quelquefois de grandes vérités. Peut-être j'en crois trop le trouble qui me presse ; Mais ayez-en pitié, respectez ma faiblesse : Mon cœur a tout à craindre, et rien à négliger. Qu'il \-ienne, je le veux, je veux l'interroger.

EURYCLÈS

[A Isménie.) Vous serez obéie. Allez, et qu'on l'amène ; Qu'il paraisse à l'instant aux regards de la reine.

i:s - - mï:rope

MÉROPE

Je sens que je vais prendre un inutile soin. Mon désespoir m'aveugle ; il m'emporte trop loin : Vous savez s'il est juste. On comble ma misère. On détrône le fils, on outrage la mère. Polyphonte, abusant de mon triste destin. Ose enfin s'oublier jusqu'à m'offrit sa main.

EURYCLÈS

Vos malheurs sont plus grands que vous ne pouvez croire. Je sais que cet hymen offense votre gloire ; Mais je vois qu'on l'exige, et le sort irrité Vous fait de cet opprobre une nécessité : C'est un cruel parti ; mais c'est le seul peut-être ' Qui pourrait conserver le trône à son vrai maître. Tel est le sentiment des chefs et des soldats ; Et l'on croit...

MÉROPE

Non ; mon fils ne le souffrirait pas ; L'exil, oii son enfance a langui condamnée, Lui serait moins affreux que ce lâche hyraénée.

EURYCLÈS

Il le condamnerait, si, paisible en son rang. Il n'en croyait ici que les droits de son sang ; Mais si par les malheurs son âme était instruite. Sur ses vrais intérêts s'il réglait sa conduite. De ses tristes amis s'il consultait la voix. Et la nécessité, souveraine des lois, Il verrait que jamais sa malheureuse mère Ne lui donna d'amour une marque plus chère.

MÉROPE

Ah ! que me dites- vous?

EURYCLÈS

De dures vérités.

Que m'arrachent mon zèle et vos calamités.

MÉROPE

Quoi ! vous me demandez que l'intérêt surmonte Cette invincible horreur que j'ai pour Polyphonte, Vous, qui me l'avez peint de si noires couleui"s !

EURYCLÈS

Je l'ai peint dangereux, je connais ses fureurs ;

Page 1