‹ Théâtre choisi illustréChapitre 159 sur 191 · I.SS — MÉROPE · texte numérisé non relu

I.SS — MÉROPE

Hélas ! après quinze ans d'exil et de misère. Je viens coûter encor des larmes à sa mère. A qui me déclarer? Je cherche dans ces lieux Quelque ami dont la main me conduise à ses yeux ; Aucun ne se présente à ma débile vue.

Je vois près d'une tombe une foule éperdue ; J'entends des cris plaintifs. Hélas ! dans ce palais Un dieu persécuteur habite pour jamais.

SCÈNE II. — NARBAS. ISMÉNIE, dans le fond du théâtre où l'on découvre le tombeau de Cresphonte.

rSMÊNIE

Quel est cet inconnu dont la vue indiscrète Ose troubler la reine et percer sa retraite? Est-ce de nos tyrans quelque ministre affreux Dont l'œil vient épier les pleurs des malheureux?

Oh ! qui que vous soyez, excusez mon audace : C'est un infortuné qui demande une grâce. Il peut servir INIérope ; il voudrait lui parler.

ISMÉNIE

Ah ! quel temps prenez- vous pour oser la troubler? Respectez la douleur d'une mère éperdue ; Malheureux étranger, n'offensez point sa vue ; Éloignez- vous.

NARBAS

Hélas ! au nom des dieux vengeurs, Accordez cette grâce à mon âge, à mes pleurs. Je ne suis point, madame, étranger dans Messène. Croyez, si vous servez, si vous aimez la reine. Que mon cœur, à son sort attaché comme vous. De sa longue infortune a senti tous les coups. Quelle est donc cette tombe en ces lieux élevée Que j'ai vu de vos pleurs en ce moment lavée?

ISMÉNIE

C'est la tombe d'un roi des dieux abandonné, D'un héros, d'un époux, d'un père infortuné.

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