‹ Théâtre choisi illustréChapitre 29 sur 191 · ACTE II — i · texte numérisé non relu

ACTE II — i

Aux portes du sérail en foule ils 'ous deinandeut, Ne privez point leurs yeux du hcros qu'ils attendent. Et qu'unis à jamais sous notre bienfaiteur...

NEKESTAN

Illustre Chatillon, modérez cet honneur ; J'ai rempli d'un Français le devoir ordinaire : J'ai fait ce qu'à ma place on vous aurait vu faire.

CHATILLON

Sans doute ; et tout chrétien, tout digne chevalier.

Pour sa religion se doit sacrifier ;

Et la félicité des cœurs tels que les nôtres

Consiste à tout quitter pour le bonheur des autres.

Heureux à qui le ciel a donné le pouvoir

De remplir comme vous un si noble devoir !

Pour nous, tristes jouets du sort qui nous opprime.

Nous, malheureux Français, esclaves dans Solyinc,

Oubliés dans les fers, où longtemps, sans secours,

Le père d'Orosmane abandonna nos jours.

Jamais nos yeux sans vous ne reverraient la France.

NKRESTAN

Dieu s^st servi de moi, seigneur : sa providence De ce jeune Orosmaîie a fléchi la rigueur. Mais quel triste mélange altère ce bonheur ! Que de ce fier soudan la clémence odieuse Répand sur ses bienfaits une amertume affreuse ! Dieu me voit et m'entend ; il sait si dans mon cœur J'avais d'autres projets que ceux de sa grandeur. Je faisais tout pour lui : j'espérais de lui rendre Une jeune beauté, qu'à l'âge le plus tendre Le cruel Noradin ' fit esclave avec moi. Lorsque les ennemis de notre auguste foi. Baignant de notre sang la Syrie enivrée, Surprirent Lusignan vaincu dans Césarcc -. Du sérail des sultans sauvé par des chrétiens. Remis depuis trois ans dans mes premiers liens.

1 . Noradin, dont le véritable nom était née, près des frontières de la Galilée et de Nour-Êddyn-Mahmoud, sultan de Syrie et la Samarie ; ravagée par Saladin, die fut d'Egypte, né en 1118, mort en 1173. Il com- entièrement détruite par le sultan Baïdars battit plusieurs fois le; chrétiens, particu- en 1265.

lièrement auprès d'Alep ; il défit et tua Jos- Il existe aussi une autre ville du même

selin, princ« d'Antioche. nom en Sj-rie, au pied du Liban, non loin des

2. Ville de Palestine, sur la Méditerra- sources du Jourdain.

2 — ZAÏRE

Renvoyé dans Paris sur ma seule parole.

Seigneur, je me flattais, espérance frivole !

De ramener Zaïre à cette heureuse cour

Où Louis 1 des vertus a fixé le séjour.

Déjà même la reine, à mon zèle propice,

Lui tendait de son trône une main protectrice.

Enfin, lorsqu'elle touche au moment souhaité,

Qui la tirait du sein de la captivité,

On la retient... Que dis-je?... Ah ! Zaïre elle-même.

Oubliant les chrétiens pour ce soudan qui l'aime...

N'y pensons plus... Seigneur, un refus plus cruel

Vient m'accabler encor d'un déplaisir mortel ;

Des chrétiens malheureux l'espérance est trahie.

CHATILLOX

Je vous offre pour eux ma liberté, ma vie ; Disposez-en, seigneur, elle vous appartient.

NÉRESTAN

Seigneur, ce Lusignan, qu'à Solyme on retient. Ce dernier d'une race en héros si féconde. Ce guerrier dont la gloire avait rempli le monde. Ce héros malheureux, de Bouillon descendu, Aux soupirs des chrétiens ne sera point rendu.

CHATILLON

Seigneur, s'il est ainsi, votre faveur est vaine : Quel indigne soldat voudrait briser sa chaîne, Alors que dans les fers son chef est retenu? Lusignan, comme à moi, ne vous est pas connu. Seigneur, remerciez le ciel, dont la clémence A pour votre bonheur placé votre naissance Longtemps après ces jours à jamais détestés. Après ces jours de sang et de calamités. Où je vis sous le joug de nos barbares maîtres Tomber ces murs sacres conquis par nos ancêtres. Ciel ! si vous aviez vu ce temple abandonné. Du Dieu que nous servons le tombeau profané. Nos pères, nos enfants, nos filles et nos femmes. Au pied de nos autels expirant dans les flammes, Et notre dernier roi, courbé du faix des ans, Massacré sans pitié sur ses fils expirants !

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