‹ Théâtre choisi illustréChapitre 34 sur 191 · ACTE II · texte numérisé non relu

ACTE II

Veillez du haut des cieux, chers enfants que j'implore. Sur mes autres enfants, s'ils sont vivants encore. Mon dernier fils, ma fille, aux chaînes réservés, i Par de barbares mains pour servir conserves, 1

Loin d'un père accablé, furent portes ensemble / Dans ce même sérail où le ciel nous rassemble. /

CHATILLON

Il est vrai, dans l'horreur de ce péril nouveau, Je tenais votre fille à peine en son berceau : Ne pouvant la sauver, seigneur, j'allais moi-même Répandre sur son front l'eau sainte du baptême Lorsque les SaiTasins, de carnage fumants. Revinrent l'arracher à mes bras tout sanglants. Votre plus jeune fils, à qui les destinées Avaient à peine encore accordé quatre années. Trop capable déjà de sentir son malheur. Fut dans Jérusalem conduit avec sa sœur.

XÉRESTAN

De quel ressouvenir mon âme est déchirée ! A cet âge fatal j'étais dans Césarée ; Et tout couvert de sang, et chargé de liens, Je suivis en ces lieux la foule des chrétiens.

LUSIGXAX

Vous... seigneur !... Ce sérail éleva votre enfance?.,,

{En les regardant.) Hélas ! de mes enfants auriez-vous connaissance? Ils seraient de votre âge, et peut-être mes yeux... Quel ornement, madame, étranger en ces lieux? Depuis quand l'avez- vous?

ZAÏRE

Depuis que je respire.

Seigneur... eh quoi ! d'où vient que votre âme soupire? {Elle lui donne la croix.)

LUStGNAN

Ah ! daignez confier à mes tremblantes mains...

ZAÏRE

De quel trouble nouveau tous mes sens sont atteints !

(// l'afyproclie de sa bouche en pleurant.) Seigneur, que faites-vous ?

50 — ZAÏRE

LUSIGNAN

O ciel ! ô Providence !

Mes yeux, ne trompez point ma timide espérance ; Serait-il bien possible? oui, c'est elle... je voi Ce présent qu'une épouse avait reçu de moi, Et qui de mes enfants ornait toujours la tête, Lorsque de leur naissance on célébrait la fête ; Je revois... je succombe à mon saisissement.

Qu'entends-je? et quel soupçon m'agite en ce moment? Ah ! seigneur !...

LUSIGNAN

Dans l'espoir dont j'entrevois les charmes. Ne m'abandonnez pas. Dieu qui voyez mes larmes ' ! Dieu mort sur cette croix, et qui revis pour nous. Parle, achève, ô mon Dieu ! ce sont là de tes coups. Quoi ! madame, en vos mains elle était demeurée? Quoi ! tous les deux captifs et pris dans Césarée?

ZAÏRE

Oui, seigneur.

NÉRESTAN

Se peut-il ?

LUSIGNAN

(Leur parole, leurs traits.

De leur mère en effet sont les vivants portraits. Oui, grand Dieu ! tu le veux, tu permets que je voie... Dieu, ranime mes sens trop faibles pour ma joie ! Madame... Nérestan... .soutiens-moi, Chatillon... Nérestan, si je dois vous nommer de ce nom, ît Avez-vous dans le sein la cicatrice heureuse ^ Du fer dont à mes yeux une main furieuse...

NÉRESTAN

Oui, seigneur, il est vrai.

LUSIGNAN

Dieu juste! heureux moments!

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