‹ Théâtre choisi illustréChapitre 36 sur 191 · ACTE · texte numérisé non relu

ACTE

NÉRESTAN, se jetant à genoux.

Ah [ seigneur ! ah ! Zaïre !

LUSIGNAN

Approchez, mes enfants.

NÉRESTAN

Moi, votre fils !

ZAÏRE

Seigneur !

LUSIGNAN

Heureux jour qui m'éclaire !

Ma fille, mon cher fils ! embrassez votre père.

CHATILLON

Que d'un bonheur si grand mon cœur se sent toucher ! \J

LUSIGNAN

De vos bras, mes enfants, je ne puis m'arrachcr.

Je vous revois enfin, chère et triste famille.

Mon fils, digne héritier... vous... hélas ! vous, ma fille !

Dissipez mes soupçons, ôtez-moi cette horreur,

Ce trouble qui m'accable au comble du bonheur.

Toi qui seul as conduit sa fortune et la mienne,

3Ion^jeu q.uLme la rends,^ me la reads^tii chrétienne?

Tu pleures, malheureuse, et tu baisses les yeu.x !

Tu te tais ! je t'entends ! ô crime ! ô justes cieux !

ZAÏRE

Je ne puis vous txomper ; sous les lois d'Orosmane... l'unissez votre fille... elle était musulmane. ,

LUSIGNAN

Que la foudre en éclats ne tombe que sur moi !

Ah ! mon fils ! à ces mots j'eusse expiré sans toi.

Mon Dieu ! j'ai combattu soixante ans pour ta gloire;

J'ai vu tomber ton temple et périr ta mémoire ;

Dans un cachot affreux abandonné vingt ans,

îkles larmes t'imploraient pour mes tristes enfants ;

Et lorsque ma famille est par toi réunie,

QuandJ[eJtrouve une fille, elle est ton ennemie !

Je suis bienTïnâlhëufeux... C*èst ton père, c'est înôïT

C'est ma seule prison qui t'a ravi ta foi.

Ma fille, tendre objet de mes dernières peines.

Songe au moins, songe au sang qui coule dans tes veines ;

52 — ZAÏRE

! C'est le sang de vingt rois, tous chrétiens comme moi ; "^ C'est le sang des héros, défenseurs de ma loi ;

C'est le sang des martyrs... O fille encor trop chère ! Connais-tu ton destin? sais-tu quelle est ta mère? Sais-tu bien qu'à l'instant que son flanc mit au jour Ce triste et dernier fruit d'un malheureux amour, Je la vis massacrer par la main forcenée. Par la main des brigands à qui tu t'es donnée ! Tes frères, ces martyrs égorgés à mes yeux. T'ouvrent leurs bras sanglants, tendus du haut des cieux ; Ton Dieu que tu trahis, ton Dieu que tu blasphèmes. Pour toi, pour l'univers, est mort en ces lieux mêmes ; En ces lieux où mon bras le servit tant de fois. En ces lieux où son sang te parle par ma voix. Vois ces murs, vois ce temple envahi par tes maîtres : Tout annonce le Dieu qu'ont vengé tes ancêtres. Tourne les yeux, sa tombe est près de ce palais ; C'est ici la montagne où, lavant nos forfaits. Il voulut expirer sous les coups de l'impie ; Xj^ y^ C'est là que de sa tombe il rappela sa vie. pX ^^ Tu ne saurais marcher dans cet auguste lieu,

>, , - '■ Tu n'y peux faire un pas, sans y trouver ton Dieu ;

W- Et tu n'y peux rester, sans renier ton père, ~ Ton honneur qui te parle, et ton Dieu qui t'éclaire. Je te vois dans mes bras, et pleurer, et frémir ; Sur ton front pâlissant Dieu met le repentir ; Je vois la vérité dans ton cœur descendue ; Je retrouve ma fille après l'avoir perdue ; Et je reprends ma gloire et ma félicité En dérobant mon sang à l'infidélité.

NÉRESTAN

Je revois donc ma sœur ?... Et son âme...

ZAÏRE

Ah ! mon père.

Cher auteur de mes jours, parlez, que dois- je faire?

LUSIGNAN

M'ôter, par un seul mot, ma honte et mes ennuis. Dire : Je suis chrétienne.

Oui... seigneur... je le suis.

LUSIGNAN

Dieu, reçois son aveu du sein de ton empire !

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