‹ Théâtre choisi illustréChapitre 41 sur 191 · ACTE III · texte numérisé non relu

ACTE III

Obtenez qu'avec lui je puisse revenir.

Mais à quel titre, ô ciel ! faut-il donc l'obtenir?

A qui le demander dans ce sérail profane?...

Vous, le sang de vingt rois, esclave d'Orosmane !

Parente de Louis, fille de Lusignan !

Vous, chrétienne et ma sœur, esclave d'un soudan !

Vous l'entendez... je n'ose en dire davantage :

Dieu, nous réserviez- vous à ce dernier outrage?

ZAÏRE

Ah ! cruel ! poursuivez ; vous ne connaissez pas Mon secret, mes tourments, mes vœux, mes attentats. Mon frère, ayez pitié d'une soeur égarée. Qui brûle, qui gémit, qui meurt désespérée. Je suis chrétienne, hélas !... j'attends avec ardeur Cette eau sainte, cette eau qui peut guérir mon cœur. Non, je ne serai point indigne de mon frère, — j

De mes aïeux, de moi, de mon malheureux père. } Mais parlez à Zaïre, et ne lui cachez rien ; Dites,... quelle est la loi de l'empire chrétien?... Quel est le châtiment pour une infortunée Qui, loin de ses parents, aux fers abandonnée. Trouvant chez un barbare un généreu.x appui, \ Aurait touché son âme et s'unirait à lui?

NÉRESTAN

O ciel ! que dites- vous? Ah ! la mort la plus prompte Devrait...

ZAÏRE

C'en est assez ; frappe, et préviens ta honte.

NÉRESTAN

Qui? vous? ma sœur ?

Z.VÏRE

C'est moi que je viens d'accuser.

Orosmane m'adore,... et j'allais l'épouser.

NÉRESTAN

L'épouser ! est-il vrai, ma sœur? est-ce vous-même? [ Vous, la fille des rois?

Z.VÏRE

Frappe, dis- je ; je l'aime.

58 — ZAÏRE

NERESTAN

Opprobre malheureux du sang dont vous sortez.

Vous demandez la mort, et vous la méritez :

Et si je n'écoutais que ta honte et ma gloire.

L'honneur de ma maison, mon père, sa mémoire.

Si la loi de ton Dieu, que tu ne connais pas.

Si ma religion ne retenait mon bras.

J'irais dans ce palais, j'irais, au moment même.

Immoler de ce fer un barbare qui t'aime.

De son indigne flanc le plonger dans le tien,

Et ne l'en retirer que pour percer le mien.

Ciel ! tandis que Louis, l'exemple de la terre.

Au Nil épouvanté ne va porter la guerre

Que pour venir bientôt, frappant des coups plus sûrs.

Délivrer ton Dieu même, et lui rendre ces murs,

Zaïre, cependant, ma sœur, son alliée.

Au tyran d'un sérail par l'hymen est liée !

Et je vais donc apprendre à Lusignan train

Qu'un Tartare est le dieu que sa fille a choisi !

Dans ce moment affreux, hélas ! ton père expire.

En demandant à Dieu le salut de Zaïre.

ZAÏRE

Arrête, mon cher frère,... arrête, connais-moi;

Peut-être que Zaïre est digne encor de toi.

INIou frère, épargne-moi cet horrible langage ;

Ton courroux, ton reproche est un plus grand outrage.

Plus sensible pour moi, plus dur que ce trépas

Que je te demandais, et que je n'obtiens pas.

L'état où tu me vois accable ton courage ;

Tu souffres, je le vois ; je souffre davantage.

Je voudrais que du ciel le barbare secours

De mon sang, dans mon cœur, eût arrêté le cours

Le jour qu'empoisonné d'une flamme profane.

Ce pur sang des chrétiens brûla pour Orosraane,

Le jour que de ta sœur Orosmane charmé...

Pardonnez-moi, chrétiens ; qui ne l'aurait aimé !

Il faisait tout pour moi ; son cœur m'avait choisie ;

Je voyais sa fierté pour moi seule adoucie.

C'est lui qui des chrétiens a ranimé l'espoir ;

C'est à lui que je dois le bonheur de te voir :

Pardonne ; ton courroux, mon père, ma tendresse.

Mes serments, mou devoir, mes remords, ma faiblesse.

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