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QUELQUES IDÉES DRAMATIQUES DE VOLTAIRE D'APRÈS SES PRÉFACES

Si la comédie doit être la représentation des mœurs, cette pièce semble être assez de ce caractère. On y voit un mélange de sérieux et de plaisanterie, de comique et de touchant. C'est ainsi que la vie des hommes est bigarrée ; souvent même une seule aventure produit tous ces contrastes. Rien n'est si commun qu'une maison dans laquelle un père gronde, une fUle occupée de sa passion pleure, le iils se moque des deux, et quelques parents prennent dififéremmcut part à la scène. On raille très sou\ent dans une chambre de ce qui attendrit dans la chambre voisine ; et la même personne a quelquefois ri et pleiu'é de la même cho'^ Hans le mf-n\e quart d'heure.

Une dame très respectable étant un jour au chevet d'une de ses filles qui était en danger de mort, entourée de toute sa famille, s'écriait en fondant en larmes : » Mon Dieu, rendez-la-moi, et prenez tous mes autres enfants ! » Un homme qui avait épousé une antre de ses filles s' approcha d'elle, et la tirant par la manche : « Madame, dit-il, les gendres en sont-ils? j Le sangfr.'id et le comique avec lequel il prononça ces paroles fit im tel effet sur cette dame affligée qu'elle sortit en éclatant dn rire ; tout le monde la suivit en riant ; et la malade, ayant su de quoi il était question, se mit à rire plus fort que les autres.

Nous n'inférons pas de là que toute comédie doive avoir des scènes de bouffonnerie et des scènes attendrissantes. Il y a beaucoup de très bonnes pièces où il ne règne que de la gaieté ; d'autres toutes sérieuses, d'autres mélangées, d'autres où l'attendrissement va jusqu'aux larmes. Il ne faut donner l'exclusion à aucim genrej et si l'on me demandait quel genre est lè'meîIleuT, je repondrais : «'Celui qui est le mieux traité. •>

...Encore une fois, tous les genres sont bons hors le genre ennuyeux. (Préface de l'Enfant Prodigue [1736] .)

Il n'en est pas des règles de la bienséance, toujours un peu arbitraires, comme des règles fondamentales du théâtre, qui sont les trois unités :. jl y aurait de la faiblesse et de la stérilité à étendre une action au delà'de l'espace de temps et du lieu convenable. Demandez à quiconque aura inséré d.uis une pièce trop d'événements la raison de cette faute : s'il est de bonne foi, il vous dira qu'il n'a pas eu assez de génie pour remplir sa pièce d'un seul fait ; et s'il prend deux jours et deux \i!le3 pour son action, croyez que c'est parce qu'il n'aurait pas eu l'adresse de la resserrer dans l'espace de trois heures et dans l'enceinte d'un palais, comme l'exige la vraisen;blance 11 en est tout autrement de celui qui hasarderait un spectacle horrible sur le théâtre : il ne choquerait point la \Taiserablance ; et cette hardiesse, loin de supposer de la faiblesse dans l'auteur, demanderait au contraire un grand génie pour mettre, par ses vers, de la véritable grandeur dans une action qui, sans un style sublime, ne serait qu'atroce et dégoûtante

Vouloir de l'amour dans toutes les tragédies nie paraît un goût effé.'ninéj l'en £^roscrire toujours est une mauvais:- humeur bien déraisonnable. (D-isc^irs SU)' la îra^édie, placé 'en tête de la trâgéSïTae Bruius [1730].)

C'est au théâtre anglais que je dois la hirdiesse que j'ai eu« de mettre sur la scène les noms de nos rots et des anciennes familles du royaume. Il me parait que cette nouveauté pourrait être la source d'un genre de tragédie qui nous est inconnu jusqu'Ici, et dont nous avons besoin. Il se trouvera sans doute des génies heureux qui perfectionneront cette idée, dont Zaïre n'est qu'une faible ébauche. (Épitre dédicatoire de Zaïre [1732].)

Je sais que toute la pompe de l'appareil ne vaut pas une pensée sublime ou un sentiment ; de même que la parure n'est presque rien sans la beauté. Je sais bien que ce n'est pas un grand mérite do parler aux yeux ; mais i'ose être sûr que le sublime et le touchant portent un coup beaucoup plus sensible quand ils sont soutenus d'un appareil c :invenable, et qu'il f^iit frapper l'âme et les yeux à la fois. Ce sera le partage des génies qui viendront après nous. (Tîpitre dédicatoire de Tancrcde [1760] .)

On a choisi des personnages dans l'ordr-; commun. On n'a pas craint de hasarder sur la scène un jardinier, une jeune fille qui a prêté la main aux travaux rustiques de son père, des officier?, dont l'un commande dans une plac« frontière, et dont l'autre est lieutenant dans la compagnie de son frère ; enfin un des acteurs est un simple soldat. De tels personnages, qui se rapprochent plus de la nature, et la simplicité du style qui leur convient, ont paru devoir faire plus d'impression et mieux concourir au but proposé que des princes amoureux et des princesses passionnées : l£s théâtres ont assez retenti de ces aventures tr:»giqups qui ne se passent qu'entre des souverains, et qui sont de peu d'utilité pour 1*^ re-^te des hommes. {Discour<t historique et ciUique, écrit à l'occasion de la tragédie des Guibrts [1769].)

Z A YR E.

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