SCÈNE PREMIÈRE. — ZAMORE, américains
Amis, de qui l'audace, aux mortels peu commune,
Renaît dans les dangers et croit dans l'infortune;
Illustres compagnons de mon funeste sort,
^'obtiendrons-nous jamais la vengeance ou la mort? >i^, .-w ''Vivrons-nous sans servir Alzire et la patrie, " ^*»
f<S Sans ôter à Gusman sa détestable \ie.
Sans trouver, sans punir cet insolent vainqueur.
Sans venger mon pays qu'a perdu sa fureur? ^.- j Dieux impuissants ! dieux vains de nos vastes contrées ! ^^ j A des dieux ennemis vous les avez livrées : r Et six cents Espagnols ont détruit sous leurs coups
Mon pays et mon trône, et vos temples et vous.
Vous n'avez plus d'autels, et je n'ai plus d'empire ; " Xous avons tout perdu : je suis privé d'Alzire.
J'ai porté mon courroux, ma honte et mes regrets.
Dans les sables mouvants, dans le fond des forêts.
De la zone bêlante et du milieu du monde.
L'astre du jour ' a vu ma course vagabonde.
Jusqu'aux lieux où, cessant d'éclairer nos climats.
Il ramène l'année et revient sur ses pas.
Enfin votre amitié, vos soins, votre vaillance,
A mes vastes desseins ont rendu l'esjjérance * ; , -.
Et j'ai cru satisfaire, en cet affreux séjour, rX\j3
\ Deux vertus de mon cœur, La veiigeaftÇÊ,etJ!a,mQur. '
Nous avons rassemblé des mortels intrépides,
Étemels ennemis de nos maîtres avides ;
Nous les avons laissés dans ces forêts errants.
Pour observer ces murs bâtis par nos tyrans.
I. L'astronomie, U géographie, la géo- marquer les équinoses et les solstices (V.).
métne itaient cultivées au Pérou. On tra- 2. Variante
çiat des lltr-es sur des colonnes pour A mes vastes désirs ont rendu l'espémno*".
VOLTAIRE — ThIaTRE.
112 — ALZIRE
J'arrive, on nous saisit : une foule inhumaine
Dans des gouffres profonds nous plonge et nous enchaîne.
De ces lieux infernaux on nous laisse sortir,
Sans que de notre sort on nous daigne avertir.
Amis, où sommes-nous? ne pourra-t-on m'instruire
Qui commande en ces lieux, quel est le sort d'AIzire?
Si Montèze est esclave et voit encor le jour?
S'il traîne ses malheurs en cette horrible cour?
Chers et tristes amis du malheureux Zamore,
Ne pouvez-vous m'apprendre \\n destin que j'ignore?