ACTE PREMIER
Mais, tant que tu voudras, parle, prêche, tempête, Ta maîtresse est coiffée *.
NÉRINE
Et crois-tu, dans ta tête, Que l'amour sur son cœur ait un si grand pouvoir? Elle est fille d'esprit ; peut-être dès ce soir Dorante, par mes soins, l'épousera.
HECTOR
Tarare !
Elle est dans nos filets.
NÉRINE
Et moi je te déclare Que je l'en tirerai dès aujourd'hui.
Bon ! bon I
NÉRINE
Que Dorante a pour lui Nérine et la raison.
HECTOR
Et nous avons l'amour. Tu sais que d'ordinaire. Quand l'amour veut parler, la raison doit se taire; Dans les femmes, s'entend.
NÉRINE
Tu verras que chez nous.
Quand la raison agit, l'amour a le dessous. Ton maître est un amant d'une espèce plaisante I Son amour peut passer pour fièvre intermittente ; Son feu pour Angélique est un flux et reflux.
HECTOR
Elle est, après le jeu, ce qu'il aime le plus.
NÉRINE
Oui, c'est la passion qui seule le dévore : Dès qu'il a de l'argent, son amour s'évapore.
I. Èirc coiffé : être follement épris, être entiché de quelqu'un.
HECTOR
Mais en revanche aussi, quand ï^ n'a pas un sou. Tu m'avoueras qu'il est amoureux comme un fou.
NÉRINE
Oh ! j'empêcherai bien...
Nous ne te craignons guère Et ta maîtresse, encore hier *, promit à Valère De lui donner dans peu, pour prix de son amour. Son portrait enrichi de brillants tout autour. Nous l'attendons, ma chère, avec impatience : Nous aimons les bijoux avec concupiscence.
Ce portrait est tout prêt ; mais ce n'est pas pour lui. Et Dorante en sera possesseur aujourd'hui.
HECTOR
A d'autres !
NÉRINE
N'est-ce pas une honte à Valère, Étant fils de famille, ayant encor son père. Qu'il vive comme il fait, et que, comme un banni. Depuis un an il loge en un hôtel garni .^
HECTOR
Eh ! vous y logez bien, et vous et votre clique !
NÉRINE
Est-ce de même, dis? Ma maîtresse Angélique
Et la veuve, sa sœur, ne sont dans ce pays
Que pour un temps, et n'ont point de père à Paris.
HECTOR
Valère a déserté la maison paternelle, Mais ce n'est point à lui qu'il faut faire querelle ; Et si monsieur son père avait voulu sortir. Nous y serions encore, à ne t'en point mentir.