Acte premier - 2I
NèRINE
Oh t parle, ou de force, ou de gré.
HECTOR
Mon maître, en ce moment, n'est pas encor rentré.
Il n'est pas rentré?
HECTOR
Non. Il ne tardera guère :
Nous n'ouvrons pas matin. Il a plus d'une affaire. Ce garçon-là.
NÉRINE
J'entends. Autour d'un tapis vert.
Dans un maudit brelan * ton maître joue et perd. Ou bien, réduit à sec, d'une âme familière. Peut-être il parle au ciel d'une étrange manière. Par ordre très exprès d'Angélique, aujourd'hui Je viens pour rompre ici tout commerce avec lui. Des serments les plus forts appuyant sa tendresse. Tu sais qu'il a cent fois promis à ma maîtresse De ne toucher jamais cornet, carte, ni dé. Par quelque espoir de gain dont son cœur fût guidé. Cependant...
HECTOR
Je vois bien qu'un rival domestique ' Consigne 2 entre tes mains pour avoir Angélique.
NÉRINE
Et quand cela serait, n'aurais-je pas raison?
Mon cœur ne peut souffrir de lâche trahison.
Angélique, entre nous, serait extravagante
De rejeter l'amour qu'a pour elle Dorante :
Lui, c'est un homme d'ordre, et qui vit congrument* .
HECTOR
L'amour se plaît un peu dans le dérèglement.
I. Brelan : tripot, maison de jeu. — 2. Domestique : rangé, homme d'ordre. — 3. Consigner entre les mains : graisser la patte. — 4. Congtummt : d'une façon convenable.
NÉKINB
Un amant fait et mûr...
HECTOR
Les filles, d'ordinaire.
Aiment mieux le fruit vert.
NÉRINE
D'un fort bon caractère Qui ne sut de ses jours ce que c'est que le jeu.
HECTOR
Mais mon maître est aimé.
NÉRINE
Dont j'enrage, morbleu !
Ne verrai- je jamais les femmes détrompées De ces colifichets, de ces fades poupées, Qui n'ont, pour imposer, qu'un grand air débraillé, Un nez de tous côtés de tabac barbouillé. Une lèvre qu'on mord pour rendre plus vermeille. Un chapeau chifionné qui tombe sur l'oreille, ^■■■ Une longue steinkerque * à replis tortueux, \ Un haut-de- chausse bas, prêt à tomber sous eux Qui, faisant le gros dos, la main dans la ceinture^ Viennent, pour tout mérite, étaler leur figure?
HECTOR
C'est le goût d'à présent ; tes cris sont superflus, ISlon enfant.
NÉRINE
Je veux, moi, réformer cet abus.
Je ne souffrirai pas qu'on trompe ma maîtresse. Et qu'on profite ainsi d'une tendre faiblesse ; Qu'elle épouse un joueur, un petit brelandier. Un franc dissipateur, et dont tout le métier Est d'aller de cent lieux faire la découverte Où de jeux et d'amour on tient boutique ouverte. Et qui le conduiront tout droit à l'hôpital.
HECTOR
Ton sermon me paraît un tant soit peu brutal.