ACTE PREMIER
ALBERT
Respirer le frais et voir l'aurore naître. Tout cela se pouvait faire à votre fenêtre. Ici, pour me trahir, vous êtes de complot.
LISETTE, à part.
Que ce serait bien fait !
ALBERT, à Lisette.
Que dis-tu?
LISETTE
Pas le mot.
ALBERT
Des filles sans intrigue, et qui sont retenues*. Sont, à l'heure qu'il est, dans leur lit étendues. Dorment tranquillement et ne vont point sitôt Prendre dans une cour ni le froid ni le chaud.
LISETTE, à Albert.
Et comment, s'il vous plaît, voulez-vous qu'on repose? Chez vous, toute la nuit, on n'entend autre chose Qu'aller, venir, monter, fermer, descendre, ouvrir. Crier, tousser, cracher, éternucr, courir. Lorsque, par grand hasard, quelquefois je sommeille. Un bruit affreux de clefs en sursaut me réveille. Je veux me rendormir, mais point : un juif errant. Qui fait du mal d 'autrui son plaisir le plus grand. Un lutin, que l'enfer a vomi sur la terre Pour faire aux gens dormants une étemelle guerre, Commence son vacarme et nous lutine tous.
ALBERT
Et quel est ce lutin et ce juif errant?
LISETTE
Vous.
ALBERT
Moi?
LISETTE
Oui, vous. Je croyais que ces brusques manières Venaient de quelque esprit qui voulait des prières ;