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SCÈNE VII : ÉRASTE, CRISPIN

CRISPIN

Mais j'aperçois mon maître.

ÉRASTE

Eh bien ! quelle nouvelle.

Cher Crispin? Dans ces lieux as-tu vu cette belle? As- tu vu ce tuteur? et vois- tu quelque jour Quelque rayon d'espoir qui flatte mon amour?

I. Souvenir de V Amphitryon de Molière (a, II, se. n). — 2. Ire : colère, fureur.

A VOUS le dire vrai, ce n'était pas la peine

De venir de Milan ici tout d'une haleine,

Pour nous en retourner d'abord du même train ;

Vous pouviez m'épargner le travail du chemin.

Ah ! que ce mont Cenis est un pas* ridicule !

Vous souvient-il, monsieur, quand ma maudite mule

Me jeta par maUce en ce trou si profond?

Je fus près d'un quart d'heure à rouler jusqu'au fond.

ÉRASTE

Ne badine donc point ; parle d'autre manière.

CRISPIN

Puisque vous souhaitez une phrase plus claire, <

Je vous dirai, monsieur, que j'ai vu le jaloux, ^

Qui m'a reçu d'un air qui tient de l'aigre-doux. ^

Il faudra du canon pour emporter la place. .'

ÉRASTE

Nous en viendrons à bout, quoi qu'il dise et qu'il fasse ; Et je ne prétends point abandonner ces lieux Que je ne sois nanti de l'objet de mes vœux. L'amour de ce brutal vaincra la résistance.

CRISPIN

J'aurais pour le succès assez bonne espérance

Si de quelque argent frais nous avions le secours :

C'est le nerf de la guerre, ainsi que des amours*.

Ne te mets point en peine ; Agathe, en mariage,

A trente mille écus de bon bien en partage.

Quand elle n'aurait rien, je l'aime cent fois mieux

Qu'une autre avec tout l'or qui séduirait tes yeux.

Dès ses plus tendres ans chez ma mère élevée.

Son image en mon cœur est tellement gravée

Que rien ne pourra plus en effacer les traits.

Nos deux cœurs, qui semblaient l'un pour l'autre être faits.

Goûtaient de cet amour l'heureuse intelligence.

Quand ma mère mourut. Dans cette décadence*.

1. Pas : passage. — 2. Cf. Molière, Ecole des femmes (a. I, se. vi). — 3. DUadcne» ruine.

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