ACTE PREMIER
Albert, ce vieux jaloux que l'enfer confondra. Par avis de parents, d'Agathe s'empara.
Je ne le connais point ; et lui, comme je pense. De moi, ni de mon nom, n'a nulle connaissance. On m'a dit qu'il était d'un très fâcheux esprit, Déûant, dur, brutal.
CRISPIN
Et l'on vous a bien dit.
Il faut savoir d'abord si dans la forteresse Nous nous introduirons par force ou par adresse ; S'il est plus à propos, pour nos desseins conçus, De faire un siège ouvert ou former un blocus.
Tu te sers à propos des termes militaires ; Tu reviens de la guerre.
CRISPIN
En toutes les affaires, La tête doit toujours agir avant le bras. Ce n'est pas d'aujourd'hui que je vois des combats : J'ai même déserté deux fois dans la milice. Quand on veut, voyez-vous, qu'un siège réussisse. Il faut, premièrement, s'emparer des dehors. Connaître les endroits, les faibles et les forts. Quand on est bien instruit de tout ce qui se passe. On ouvre la tranchée, on canonne la place. On renverse un rempart, on fait brèche : aussitôt On avance en bon ordre, et l'on donne l'assaut ; On égorge, on massacre, on tue, on vole, on pille. C'est de même à peu près quand on prend une fille : N'est-il pas vrai, monsieur ?
ÉRASTE
A quelque chose près.
La suivante Lisette est dans nos intérêts.
CRISPIN
Tant mieux. Plus dans la ville on a d'intelligence. Et plus pour le succès on conçoit d'espérance. Il la faut avertir que, sans bruit, sans tambours. Il est toute la nuit arrivé du secours ; Lui faire des signaux pour lui faire comprendre...
ÉRASTE
Allons voir là-dessus quels moyens il faut prendre Et, pour ne point donner des soupçons dangereux. Évitons de rester plus longtemps en ces lieux.