ACTE II
Vous verriez tout mon cœur, par des soins éternels, l'aire fumer l'encens au pied de vos autels.
CLÉANTHIS
Mon bonheur serait pur, et ma gloire trop grande. De recevoir ici vos vœux et votre offrande ; Mais certaine raison, qui murmure en mon cœur, M'empêche de répondre à toute votre ardeur.
STRABON
A mes désirs aussi j'en ai quelqu'un contraire ; Mais où parle l'amour, la raison doit se taire.
CLÉANTHIS, à pari.
Si mon traître d'époux par bonheur était mort...
STRABON, à pari.
Si ma méchante femme avait fini son sort...
CLÉANTHIS, à part.
Que je me serais fait un bonheur de lui plaire î
STRABON, à part.
Que nous aurions bientôt termine notre affaire!
CLÉANTHIS, à Sirabon.
Votre abord est si tendre et ^i persuasif...
STRABON, à Clcanthis.
Vous avez un aspect tellement attractif...
CLÉANTHIS
Que d'un charme puissant on se sent ravir l'âme.
STRABON
Qu'en vous voyant paraître, aussitôt on se pâme.
CLÉANTHIS
Je sens que ma vertu combat mal avec vous Il faut nous séparer.
{A part.) Ah ! ciel, si mon époux Avait été formé sur un pareil modèle.
Qu'il m'eût donné d'amour !
STRABON
Adieu, charmante belle.
124 ~ DÈMOCRITE AMOUREUX
Auprès de vos appas je défends mal mon cœur.
{A part.) Ah ciel ! si j'avais eu femme de cette humeur, Quelles félicités ! et qu'en sa compagnie J'aurais avec plaisir passé toute ma vie !
(Acte ÎI, scène vu.)
Strabon, de plus ea plus épris, touche presque à la victoire, quaud il découvre l'identité de celle qu'il aime.
STRABON, à part.
Ouf ! je suis bien guédé* ! Par ma foi, la science Ne s'acquiert point du tout à force d'abstinence. C'est mon système à moi : l'esprit croît dans le vin ; Je m'en sens déjà plus trois fois que ce matin. Je me venge à longs traits de la philosophie. ^
{A Cléanthis.) yr'
Hé ! vous voilà, princesse, infante de ma vie ! Vous voyez un seigneur fort satisfait de soi. Un convive échappé de la table du roi. Il tient bon ordinaire, et je l'en félicite.
CLÉANTHIS
Au disciple fameux du savant Démocrite ,v:
Plus qu'à nul autre humain cet honneur était dû.
STRABON
C'est un petit repas que le roi m'a rendu :
Nous nous traitons' parfois. „£
CLÉANTHIS #
Vous ne sauriez mieux faire : lij;'
Rien ne fait des amis comme la bonne chère, Quoiqu'on embrasse ici des gens de tous métiers. Bien moins pour l'amour d'eux que de leurs cuisiniers.
STRABON
Cet honneur, quoique grand, ne me toucherait guère. Si je n'étais bien sûr du bonheur de vous plaire.
I. Ct'.édé : rassasié, saturé. Nous disons aujourd'hui : j'en ai assez ; j'en ai plein le dos ! ■ 2. Nous «OMS traitons : nous nous in\ntons à dîner.