‹ Théâtre choisiChapitre 122 sur 375 · L^INFANTE · texte numérisé non relu

L^INFANTE

Oui ? faites-le-moi voir.

ORANTÉE, à genoux.

Le voici qui vous rend un étrange devoir,

Qui vous est obligé de l’arrêt qui vous l’ôte,

Et qui, vous offensant, vous vient jurer sa faute,

Tout prêt de vous complaire et de vous obéir Jusques à vous déplaire et jusqu’à vous trahir.

LYDIE

Certes, non sans raison, elle reste confuse.

l’infante.

Vois-je des vérités, ou si mon œil m’abuse?

ORANTÉE.

Madame, mon malheur va jusques à ce point ;

Le rapport de vos yeux ne vous abuse point :

Cet objet me possédé, et notre amour extrême Ne trouve aucun recours contre vous que vous-même. Ce sont de mon destin de bizarres effets.

Que vous m’assistiez même au tort que je vous fais. Que j’aie en ma partie un favorable juge,

Et que, vous offensant, vous soyez mon refuge.

Mais, quel que soit, hélas ! votre ressentiment.

Vous me plaindriez encor connaissant mon tourment. Et sachant, comme moi, quelle force infinie Au sort de cette fille attache mon génie :

Je vous l’exprimerais, si d’extrêmes amours Se pouvaient figurer avecque le discours ;

Mais qu’il est difficile aux maux insupportables De trouver au besoin des paroles sortables !

Toute l’intelligence en est au sentiment ;

Autant on les dit bien, autant on les dément.

Pour vous en dire assez, il suffit donc de dire Qu’un invincible effort m’attache à son empire.

Et qu’un commun dessein engageait notre foi Avant qu’on m’eût parlé d’enirer sous votre loi. L’ambassadeur parti, j’appris cette nouvelle Qui me fut, je l’avoue, une atteinte mortelle.

Et, quelque extrême honneur qui me fût recherché.

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