ACTE V, SCÈNE VIII
Ce cuisant déplaisir ne put être caché.
On combattit longtemps le feu qui me dévore ;
Mais, tâchant de l’éteindre, on l’accroissait encore,
Et le soin que mon père a pris de me guérir M’a mis cent et cent fois aux termes de mourir.
Enlîn j’eus quelque espoir au secours d’une lettre Qu’en vos mains un des miens eut charge de remettre, Qui vous eût fait sans doute à l’attente du roi Refuser par pitié l’honneur que je reçoi.
Mais, par un mauvais sort, ennemi de ma flamme,
Le porteur en chemin laissa la lettre et l’âme.
Et c’est par ce malheur qu’en cette occasion.
Mourant presque de honte et de confusion.
Et n’osant de vos yeux soutenir la lumière.
Je vous fais à regret cette digne prière D’avouer votre arrêt en faveur d’un amour Qu’on ne nous peut ôter sans nous ôter le jour De servir qui vous nuit, et d’être favorable Aux sensibles transports d’un amant misérable.
Qui, même en vous fuyant, n’a que vous de recours,
Et qui, vous offensant, vous demande secours.
Ainsi jamais souci ne trouble votre vie !
(Il se met à genoux.)
LAURE
Ainsi votre fortune égale votre envie !
ORANTÉE.
Ainsi rencontriez-vous au sein de mille rois Mille esclaves soumis au pouvoir de vos lois I
LAURE
Ainsi jamais la faux, qui détruit toutes choses. N’attaque de ce teint les œillets ni les roses !
ORANTÉE.
Ainsi ces yeux, vainqueurs de la force du temps. Brûlent encor les cœurs en l’hiver de vos ans !
LAURE
Ainsi sur vos sujets, sur vous et votre race.
Le ciel à pleines mains verse à jamais sa grâce !
ORANTÉE.
Ainsi, si jamais reine eut des jours comblés d’heur,
De plaisir, de repos, d’estime, de grandeur.
Soit aux siècles passés, soit au courant du nôtre.
Son bonheur n’ait été que l’image du vôtre ;
Et le cours de vos ans soit aussi glorieux Que d’un zèle sans fard j’en conjure les dieux I
LAURE PERSÉCUTÉE
l’infante.
Dans la nécessité, quand elle est absolue,
Toute âme qui consulte est trop tard résolue. L’amour qui vous assemble a signé mon arrêt.
Pour le faire accomplir mon secours est tout prêt ; Et pour autoriser la foi qui vous engage Je n’ai ni trop d’amour ni trop peu de courage. Mais que veut ce vieillard?