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ACTE II, SCENE II

ANSELME

Seul?

ERG A STE.

Avec Aurélie,

ANSELME

M’étant tu si longtemps, je Favoue aujourd’hui :

Je suis mal satisfait d’Aurélie et de lui.

Il semble, s’il te faut parler d’une âme ouverte, Que, rachetant sa sœur, il acheta sa perte,

Et que Constantinople est un séjour fatal Où tout bien se corrompt et dégénère en mal.

Si l’étude autrefois l’a mis en quelque estime.

Il semble n’être plus qu’un corps que rien n’anime, Et son oisivité semble le mettre au rang Des objets dépourvus et de vie et de sang.

Il ne saurait trouver, pour son inquiétude,

Dans sa bizarre humeur assez de solitude.

Et l’église, autrefois le premier de ses soins.

Est aujourd’hui le lieu qu’il fréquente le moins.

ERGASTE

Le proverbe est certain, et l’épreuve constante.

Que l’on sait qui l’on est en sachant qui l’on hante.

Et VOUS plaindre de lui n’est que lui reprocher Qu’avecque les boiteux on apprend à clocher.

Nous venons de Turquie, et dans cette contrée Des plus religieux l’église est ignorée ;

C’est un climat de maux, dépourvu de tous biens :

Car les Turcs, comme on sait, sont fort mauvais chréliens ; Les livres en ce lieu n’entrent point en commerce ;

En aucun art illustre aucun d’eux ne s’exerce.

Et l’on y tient quiconque est autre qu’ignorant Pour catalaméchis, qui sont gens de néant.

ANSELME

Plus jaloux de sa sœur qu’on n’est d’une maîtresse. Jamais il ne la quitte; ils se parlent sans cesse.

Me raillent, se font signe, et, se moquant de moi. Ne s’aperçoivent pas que je m’en aperçoi.

Là, chacun à gausser librement se dispense ;

La raillerie est libre et n’est point une offense ;

Et, si je m’en souviens, on appelle en ces lieux Urchec, ou gens d’esprit, ceux qui raillent le mieux.

ANSELME

Ils en usent pour Noie avec trop de licence;

LA SŒUR

Et, quoique leur amour ait beaucoup d’innocence,

Je ne puis approuver ces baisers assidus,

D’une ardeur mutuelle et donnés et rendus,

Ces discours à l’oreille et ces tendres caresses.

Plus dignes passe-temps d’amants et de maîtresses Qu’ils ne sont en effet d’un frère et d’une sœur.

ERGASTE

Se peuvent-ils chérir avec trop de douceur?

Et, proches comme ils sont, peut-on sans injustice Interdire à leur sang de faire son office ?

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