ACTE II, SCÈNE II
Un mariage enfin vous tirerait de peine,
Et bornerait vos soins en terminant ses vœux.
ANSELME
Tu n’en proposes qu’un, et j’en ai conclu deux.
Tu connais Eroxène?
ERGASTE
Oui, la nièce d’Orgie?
ANSELME
Elle-même. Est-ce un choix indigne de Lélie?
ERGASTE
S’il obtient par vos soins ce favorable choix,
Vous lui donnez la vie une seconde fois,
Puisqu’il aime Eroxène à l’égal de son âme,
El que son seul respect lui fait cacher sa flamme.
Je rends grâces au ciel qu’une fois pour son bien Son choix toujours contraire ait rencontré le mien ; Mais, outre cet hymen, j’ai d’Aurélie encore Arrêté l’alliance âvecque Polydore.
ERGASTE
Pour Lélie, Éroxène est tout l’heur qu’il prétend ;
Mais pour sa sœur...
ANSELME
Eh bien?
ERGASTE
Ne vous hâtez pas tant.
ANSELME
Pourquoi? veux-tu que l’âge au logis la consomme?
ERGASTE
Ne la mariez point, ou lui donnez un homme.
ANSELME
Et qu’est donc Polydore?
ERGASTE
Il n’est plus, autant vaut.
ANSELME
Comment ! en sa santé sais-tu quelque défaut ?
ERGASTE
Non, mais il est trop jeune ; attendez qu’il ait l’âge. Et puisse satisfaire aux devoirs du ménage.
Oh ! que de ses pareils le feu doit être ardent 1
ANSELME
Il n’a pas cinquante ans !
ERGASTE
Et plus, pas une dent.
LA SŒUR
Il n’esl dans la nature homme qui ne le juge Du siècle de Saturne ou du temps du déluge ;
Des trois pieds dont il marche il en a deux goutteux, Et ressemble en marchant à ces ânes boiteux,
Qui presque à chaque pas trébuchent de faiblesse,
Et qu’il faut soutenir ou relever sans cesse.
ANSELME
Il est riche, et le bien a de puissants appas.
ERGASTE
Fabrice ment donc bien: car il ne le dit pas.
ANSELME
Quel Fabrice?
ERGASTE
Un valet qu’il chassa pour un verre Qu’il rinçait par malheur, et qui tomba par terre.
ANSELME
Et que t’en a-t-il dit?
ERGASTE
Que, bien loin de l’enfler,
11 vidait sa finance à force de souffler.
Et que, pensant l’accroître avec de la fumée.
En fumée au contraire il l’avait consommée ;
Qu’au reste, on vit chez lui de mets si délicats Qu’on meurt toujours de faim à la fin du repas. Baste, encor, pour avoir la fortune contraire !
A bien d’bonnkes gens elle n’est pas prospère ; Mais son esprit mordant, envieux et jaloux.
Ne pardonne à personne et se prend jusqu’à vous : Déchiffrant votre vie avec d’autres critiques.
Par tous les carrefours il en fait des chroniques.
Et ne se plaît à rien tant qu’à vous éplucher.
Mais en vous disant tout je vous pourrais fâcher.
ANSELME
Achève, je le veux.
ERGASTE
J’ai honte de le dire.
ANSELME
Si ce qu’il dit est faux, je n’en serai pas pire.
11 vous veut imputer certaine infirmité Par qui de tous les nez le vôtre est évité.
Et dit qu’un vieil pourit, dont le corps vous démange. Vous oblige sans cesse à quelque geste étrange.