ACTE II, SCÈNE II
ANSELME
Le sot ment par sa gorge!
ERGASTE
Et dit le bien savoir De gens qui tous les jours ont l’honneur de vous voir, Même de vos amis.
ANSELME
Il ment par ses oreilles !
ERGASTE
De plus, qu’ayant le nez délicat à merveilles,
Il le sait par lui-même.
ANSELME
Il ment par l’odorat !
ERGASTE
Et que, le vôtre étant et si court et si plat.
Cette incommodité qui vous est naturelle Est facile à juger.
Il ment par la cervelle I
ERGASTE
Quoiqu’il n’ait pas raison, car je sais bien qu’il ment, L’accès qu’il a chez vous le fait croire aisément.
ANSELME
Mais comment l’en bannir? Ma parole me lie.
Joint qu’il s’offre sans dot d’épouser Aurélie.
ERGASTE
Épargnez sa vertu bien plutôt que sa dot :
Car toute femme, enfin, n’en peut faire qu’un sot.
Et tout père puissant qui pourvoit mal sa fille Rend pour le moins suspect l’honneur de sa famille; Mais Eraste qui l’aime, et sans comparaison Plus sortable de biens et d’âge et de maison,
Pressé d’un feu secret, incessamment aspire,
Sans l’oser déclarer, au joug de son empire,
Vous fera la même offre et la prendra sans dot;
11 s’enhardit hier de m’en toucher un mot.
Eraste !
ANSELME
ERGASTE
Oui, fils d’Orcas, grand ami de Lélie.
Il témoigne sans dot vouloir bien d’Aurélie !
ERGASTE
Non seulement sans dot, mais sans habits encor,
LA SŒUR
Et la croit toute nue un si riche trésor,
Que...
ANSELME
Fais4e-moi parler, et concluons l’affaire ;
Pour l’autre, il peut ailleurs se pourvoir d’un heaii-père : J’ai du respect pour lui comme il en a pour moi ;
En me calomniant, il dégage ma foi.
Et, recherchant ma fille, il m’a dû mieux connaître.
ERGASTE
Vous vous engendriez mal : c’est un fou.
ANSELME
C’est un traître.
Un fourbe.
ANSELME
Un archi-fourbe.
ERGASTE
Un calomniateur.
ANSELME
Un médisant.
Un infâme.
ERGASTE
Un lâche.
ANSELME
Un gueux.
ERGASTE
Un imposteur.
ANSELME
ERGASTE
Un faquin.
ANSELME
Un reste de galère.
Mais insensiblement tu m’a mis en colère.
Et si dans cette humeur je l’avais rencontré.
Je serais homme encore à le voir sur le pré.
ERGASTE
L’âge vous en dispense, et lui n’est pas si traître, Si peut-être il n’y va pour faucher ou pour paître.
ANSELME
Fais-moi venir Éraste ; adieu.
(Il sort.)
ERGASTE, seul.
Quel doux ébat I
O la bonne balourde, et le plaisant soldat !