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SCÈNE III

ÉROXÈNE, LYDIE.

ÉROXÈNE.

Va, rends ce bon office au feu qui me consomme :

Il me promet beaucoup ; mais, Lydie, il est homme, C’est-à-dire d’un sexe où l’on fait vanité D’oubli, de perfidie et d’infidélité.

Et, s’il me fait le tort dont mon soupçon l’accuse, Aurélie a des yeux qui portent son excuse.

Je l’irai bien chercher; mais qu’apprendrai-je, enfin. Après tous les serments qu’il m’a faits ce matin ?

ÉROXÈNE.

Confesse-lui ma crainte, et dis-lui mon martyre.

Que l’accès qu’un ami lui donne en sa maison Me le rend, en un mot, suspect de trahison.

Mais non, ne touche rien de ce jaloux ombrage;

C’est à sa vanité donner trop d’avantage :

Dis-lui que, puisqu’il m’aime, et qu’il sait qu’aux amants Une heure sans se voir est un an de tourments.

Il m’afflige aujourd’hui d’une trop longue absence.

Non, il me voudrait voir avec trop de licence :

Dis-lui que, dans le doute où me tient sa santé...

Mais, puisque tu l’as vu, puis-je en avoir douté? Flattant trop un amant, une amante inexperte Par ses soins superflus en hasarde la perte.

Va, Lydie, et dis-lui ce que pour mon repos Tu crois de plus séant et de plus à propos.

Va, rends-moi l’espérance, ou fais que j’y renonce;

Ne dis rien, si tu veux; mais j’attends sa réponse.

LYDIE

Que me répondra-t-il, si je ne lui dis rien?

ÉROXÈNE.

Le silence parfois est un docte entretien,

Etle voir de ma part, sans lui pouvoir rien dire,

C’est lui faire sur moi connaître son empire ;

C’est d’un style éloquent et digne de ses vœux Expliquer mes soupçons, mes soupirs et mes feux.

O sexe malheureux et chétif que le nôtre.

Où, l’amour se trouvant naturel comme à l’autre,

Son pouvoir redoutable et ses succès douteux ,

LA SŒUR

L’aveu n’en est pas libre et s’en trouve honteux,

Où l’on permet d’aimer, non d’avouer qu’on aime,

Où la pudeur travaille autant que l’amour même !

LYDIE

Si votre oncle, arrivant, m’appelait par hasard...

ÉROXÈNE.

Va, toujours une amante a quelque excuse à part. Gomme un vieillard toujours a l’humeur soupçonneuse, Tu seras chez l’orfèvre, ou bien chez l’empeseuse ;

Je saurai l’abuser. Mais presse ton retour.

Si tu me veux encor voir respirer le jour.

(EHe sort.)

LYDIE, seule.

Invincible vainqueur des cœurs les plus rebelles. Amour, que ton pouvoir démonte de cervelles.

Et que notre raison suit de près le repos !

Mais je ne pouvais pas sortir plus à propos*

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