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SCÈNE V

ANSELME, ÉRASTE, LYDIE, sans être vue.

LYDIE , à part.

N’avoir pu lui tirer ni dire une parole !

Me fuir, me rebuter et me quitter ainsi !

Ma maîtresse a raison de s’en mettre en souci. Anselme vient à lui : (Quelque trame se brasse.

Ne nous éloignons point ; sachons ce qui se passe.

ANSELME

Venez, mon cher Éraste, ou plutôt mon cher fils. Puisque par votre amour ce nom vous est acquis : Vous avez pu savoir d’Ergaste ou de Lélie A quel point je tiens cher le bonheur d’Aurélie.

Je crois pareillement qu’ils vous auront appris A quel prix je tiendrai cette faveur sans prix.

ANSELME

Le témoignage exprès qu’ils viennent de m’en rendre Fait que je vous salue en qualité de gendre.

Et vous offre chez moi toute l’autorité Que vous J pouvez prendre en cette qualité.

LYDIE, à part.

Qu’entends-je, ô juste ciel !

ANSELME

Ils vous ont dit encore

Qu’à quelque si haut point que ce bonheur m’honore, Je ne puis autrement encor l’avantager.

Mes biens après ma mort se pourront partager ;

Mais, comme j’en ai peu, sa dot sera petite.

ÉRASTE

Ne comptez-vous pour rien sa grâce et son mérite,

Ces rares qualités, ces précieux trésors.

Dont le ciel enrichit son esprit et son corps ?

En soi seule elle apporte une richesse extrême,

Et je ne prétends d’elle autre dot qu’elle-même.

LYDIE, à part.

Et puis assurons-nous en la foi d’un amant !

Mais je pense veiller, et dors assurément.

Je crois, puisque sans fard il faut ouvrir nos âmes. Qu’il ne vous reste rien de vos premières flammes,

LA SŒUR

Qu’Éroxène, en un mot, n’a plus l’autorité Qu’on m’a dit qu’elle avait sur votre liberté. Quelque nouvelle amour dont le feu nous consume, Notre premier brasier aisément se rallume,

Pour peu que sous sa cendre il reste de chaleur.

Et ce mal ne produit que haine et que malheur.

ÉRASTE

J’ai, pour me divertir d’une humeur sotte et vaine. Pris plaisir, il est vrai, d’abuser Eroxène;

Mais si jamais l’Amour n’était victorieux Par de plus dignes traits que par ceux de ses yeux. Ce monarque absolu sur tout ce qui respire N’aurait pas bien avant étendu son empire.

LYDIE , à part.

Et, lâches, nous prisons un bien si peu constant, Dont la perte et le gain se fait en même instant !

ANSELME

C’est assez, elle est vôtre, et d’un même lien J’engage sous vos lois et son cœur et le mien.

ÉRASTE

Et par ce cher présent votre bonté me donne Plus que la plus brillante et plus riche couronne. Souffrez que j’aille offrir l’hommage que je doi A la divinité dont j’adore la loi.

Et lui sacrifier le beau feu qui me presse.

LYDIE , à part.

Que ne puis-je arracher cette langue traîtresse !

ANSELME

Allons, nous prendrons jour pour la solennité D’un joug si précieux à votre liberté.

(Il sort avec Éraste.)

LYDIE, seule.

O noire perfidie I ô siècle ! ô monde immonde ! Source en crimes, en fraude, en misères féconde !

Vil théâtre des jeux et du sort et du temps.

Qui se peut garantir des lacs que tu nous tends? Triste objet de pitié, trop fidèle Eroxène,

Ou trop simple plutôt, trop crédule et trop vaine D’avoir cru posséder assez d’autorité Pour obliger ce sexe à quelque fermeté ;

Un sexe qui du nôtre incessamment se joue.

Plus changeant que le sort, moins stable que sa roue,

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