LES MÊMES ; ANSELME
Vous, Géronte!
Voyez!
ANSELME
GÉRONTE
ANSELME
Hé Dieu ! qui l’eût pu croire, A voir ce corps tremblant et ce visage usé,
L’un et l’autre si vieil, si maigre et déguisé?
Qui vous a pu causer ce changement extrême ?
GÉRONTE
Manger mal, boire pis, souvent coucher de môme, Marcher incommodé, sans bête et sans valet.
ANSELME
A quoi ces habits turcs ? Dansez-vous un ballet ? Portez-vous un momon?
GÉRONTE
Sans railler, je vous prie, J’ai mangé franchement mes habits en Turquie.
ANSELME
Comment ! en ce pays mange-t-on les habits ?
GÉRONTE
Oui, mais l’on s’y plaît moins à railler ses amis. Sachez qu’où la faim presse et la bourse s’altère.
Il n’est rien de si dur que le corps ne digère.
Pour vous, plus j’en confère avec mon souvenir. Plus je vois que le temps vous a fait rajeunir.
Et cette gayeté d’humeur et de visage
Cache aux yeux les plus fins la moitié de votre âge
Il n’est pays si sain que son natal séjour.
ANSELME
Baste! c’est me le rendre. Enfin, d’où le retour?
GÉRONTE, montrant Horace.
De racheter mon fils, ravi par des corsaires,
Et fait le triste objet de quinze ans de misères. Dans la fameuse ville où le grand Constantin Avait de l’Orient établi le destin.