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ACTE III, SCÈNE III

Ne m’avez-vous point vu? considérez-moi bien.

AURÉLIE

Ce visage vraiment est fort considérable.

O le mauvais bouffon, et le fou déplorable !

Quand une fourbe éclate, on s’emporte aisément,

El la confusion ôte le jugement;

Mais je la convaincrai, mieux que vous ma folie : Osez-vous, dites-moi, passer pour Aurélie?

AüRÉLiE.

Quoi ! votre sang, mon père, et votre affection Ne s’offensent-ils point de cette question?

GÉRONTE

J’ai bien su qu’à ce mot je vous mettrais en peine, Et cette question est pour vous une gêne ;

Aussi par quelle audace usurpez-vous chez lui La qualité, le nom et la place d’autrui,

Vous qui, simple servante en une hôtellerie,

Dans Venise...

AURÉLIE

O mon père !

GÉRONTE

Attendez, je vous prie.

Sous le nom de Sophie appeliez les passants?

AURÉLIE

Doutez-vous maintenant qu’il a perdu le sens ?

ANSELME

Dieux !

GÉRONTE

Et, quoiqu’on effet et si jeune et si belle. Vous mettiez le couvert, apportiez la chandelle, Teniez prêts et nos lits et nos habillements?

Il n’en faut point rougir, vous savez si je mens. Ne connaissez-vous pas Tyndare?

AURÉLIE

Quel Tyndare?

GÉRONTE

C’est que je parle arabe, ou chinois, ou tartare, Ou vous pouviez servir dedans une maison Sans en connaître l’hôte, et sans savoir son nom!

AURÉLIE

Vous peut-il divertir par cette extravagance?

GÉHONTE.

Vous peut-elle fourber avec cette arrogance.

LA SŒUR

Elle qui clans Venise, un mois entier et plus, Affligé que j’étais d’un bras presque perclus, M’a servi chez Tyndare?

ANSELMC.

Et s’appelait...

Sophie.

ANSELME

Vous VOUS êtes mépris : son nom est Aurélie ; Mais leur rapport peut-être a produit son erreur.

AURÉLIE

Souffrez...

ANSELME

Non, contenez votre jeune fureur.

AURÉLIE

Puis-je sans m’emporter souffrir cette imposture?

ANSELME

On peut bien imposer, mais non à la nature : Quelque dol spécieux qui la puisse assaillir.

Le sang est trop bon juge et ne saurait faillir.

GÉRONTE

Ainsi donc vous croyez quand on vous dissimule,

Et quand on vous dit vrai vous êtes incrédule ?

ANSELME

Je crois mon serviteur, et mon sang, et mon fils.

GÉRONTE

Ne me réputez plus du rang de vos amis.

Ou croyez-moi blessé d’une folie extrême.

Si vous n’êtes trompé d’eux, d’elle et de vous-même. Quelque trame s’ourdit: prévenez-en l’effet.

Et craignez... Voyez-vous quel signe elle me fait?

AURÉLIE

Moi, signe? infâme, traître! Ah dieux! je désespère De devoir par respect contenir ma colère.

Et n’être pas d’un sexe où de ta trahison Aux dépens de mon sang je pusse avoir raison. Faut-il qu’un scélérat impunément m’affronte?

(Elle sort.)

ANSELME

Ne VOUS emportez point, rentrez. Et vous, Géronte, Laissant ce différend pour une autre saison,

Venez vous délasser et prenez ma maison, Attendant...

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