LES MÊMES ; AURÉLIE
AURÉLIE
Que voulez-vous, mon père ?
ANSELME
Approchez, Aurélie.
Cet ami, de Turquie aujourd’hui de retour. M’apprend que votre mère y respire le jour.
AURELIE, à part.
Voici l’instant fatal d’où dépendait ma perte :
LA SŒUR
Noire art est éventé, la fourbe est découverte ;
Je ne sais qu’avouer, ni que nier aussi.
Que dirai-je? Ah! qu’Ergaste au moins n’esl-il ici?
Vous ne répondez rien ?
AURÉLIE
Hélas ! ce nom de mère Renouvelle en mon cœur une douleur amère Qui me ferme la bouche et m’étouffe la voix.
Ah ! si, pour la revoir seulement une fois.
Et lui vérifier cette fausse nouvelle.
Il ne fallait qu’offrir le sang que je tiens d’elle.
Avec quel doux plaisir je quitterais le jour,
Et, par un acte saint de devoir et d’amour,
Soit au fer, soit au feu, soit au poison récluîle, Mourant, reproduirais celle qui m’a produite,
Et vous redonnerais, par un malheur si doux,
Celle qui souffrit tant pour me donner à vous !
(A Géronte.)
Qui vous a dit encor ces frivoles nouvelles ?
GÉRONTE
Deux yeux dont je réponds, et qui me sont fidèles.
AURÉLIE
On répond aisément où rien n’est à risquer ;
Mais vos témoins sont vieux et près de vous manquer,
GÉRONTE, la regardant attentivement.
Vous avez bien raison, ne les pouvant séduire.
De les rendre suspects : car ils vous peuvent nuire.
AURÉLIE
C’est qu’ils sont dangereux, et pleins de tant d’altraits, Que l’on a grand sujet d’en redouter les traits.
GÉRONTE
Quand soixante soleils ont tourné sur nos têtes.
Nos yeux n’ont plus dessein de faire des conquêtes.
Je sais bien que l’amour veut plus d’égalité :
S’ils vous peuvent blesser, c’est par la vérité.
AURÉLIE
Pourquoi? quel intérêt puis-je avoir de la craindre?
GÉRONTE
L’intérêt de tromper, de fourber, de bien feindre.
AURÉLIE
Moi fourber, imposteur!
GÉRONTE
Je n’imposerai rien.